dimanche 19 juillet 2015

Patient : Florine. Entretien : 10 (partie 2)



"Il pleut, a déclaré Florine la tête collée à la fenêtre avant de se rasseoir en tailleur dans le fauteuil. J'aurais aimé qu'il pleuve ce jour là.
-Quel jour? ai-je répondu.
-Le jour où nous avons retrouvé Vladimir. Comme je te disais on a frappé à la porte. Un type aux traits creusés nous a ouvert. Sans dire un mot il nous a conduit au premier étage de la demeure. Toutes les fenêtres latérales étaient obstruées de tentures noires. Le seul éclairage provenait de chandelles. Même moi  je trouvais la lumière chelou. La plupart des meubles étaient recouverts de draps blancs. On sentait que personne ne vivait vraiment là. C'est une sorte de lieu de passage. En haut donc il y a un grand salon dominé par une grande verrière dont les vitres sont protégées par ce qui ressemble à des volets opaques. Un grand fauteuil mauve faisait face à cette verrière. Dedans était assis celui que nous recherchions à travers tout l'Europe : ce putain de Vladimir. Je revois son sale sourire quand il s'est retourné vers moi. Son putain d'air content. Ma Florine! Voilà ce qu'il m'a dit. J'ai été directe. Je lui ai signifié les ordres du Conseil. Ce con a éclaté de rire. Il a dit que là où il était il s'en fichait du Conseil. J'étais prête à lui bondir dessus pour lui crever le cœur à coups de lame. Puis il s'est levé et a commencé à marcher les mains dans le dos. Il allait de droite à gauche, faisant des aller-retours qui finissaient par me donner mal au crâne. Il disait que dans toute cette histoire je n'étais qu'une victime. Victime des ordres d'un Conseil Vampirique coupé de sa base depuis bien longtemps selon lui. Victime de ton influence. Pfff comme si tu avais une quelconque influence sur moi. Je rigole hein. Et tu sais ce qu'il a fait cet enfoiré après?
-Bah non.
-Il m'a dit que vu qu'il m'aimait bien il allait réfléchir à tout ça et me donnerait sa réponse le lendemain matin. Il m'a demandé de poireauter quoi. Je voulais en finir au plus vite mais les ordres étaient de privilégier la solution diplomatique en premier. Alors, en bon soldat, j'ai attendu. Je tournais en rond dans une grande salle de réception au rez de chaussé tandis que mes acolytes restaient assis et regardaient les heures défiler avec une patience qui m'irritait. Par endroits les fenêtres laissaient échapper un peu de lumière. Plus les heures passaient plus cette lumière gagnait en intensité. Le jour se levait complètement. J'étais en rage. En théorie on était censé attendre que le type aux traits creusés vienne nous permettre de parler à Vladimir. Mais c'en était trop et j'ai pris l'initiative de monter le voir. Il était exactement au même endroit que la veille au soir. A croire qu'il n'avait pas bougé d'un iota l'enfoiré. Je lui ai dit un truc du genre : alors connard, bien réfléchi? Il s'est doucement levé et s'est mis à rire. Le genre rire de méchant dans un Final Fantasy. Il ne s'attendait pas à ce que je sois encore là. Il m'a même demandé de partir! Là il a dit un truc qui aurait du rester entre ses dents au lieu de m'en faire part. Il ne voulait pas rester en exil. Il voulait revenir à Paris et finir le travail.
-Quel travail?
-Toi! Il voulait en finir avec toi. Il a ajouté tout un speech sur la pureté des vampires et blabla, enfin tu connais quoi. Il ne voulait pas revenir à Paris seul mais avec quelques amis. Des vilains qui viendraient foutre la merde chez nous et se débarrasser des traîtres et des faibles. Il a dit que j'étais un traitre. Un sale traître. Et pour lui tu faisais partie de la race des faibles, il fallait t'éliminer. Mon sang n'a fait qu'un tour et je lui lai sauté dessus comme un singe araignée.Vladimir est un tocard, il l'a toujours été. Les mandales que je lui foutais le pliaient en deux. Je savais que j'allais gagner. Je savais que j'allais le tuer. Je l'ai tapé, tapé et tapé encore. C'était un pantin au bout de mes poings. Et pourtant...et pourtant il riait. Comme un fou. Il m'en demandait encore. Il éclatait de rire à chaque fois qu'il se retrouvait au sol. Encore! Encore! Il en voulait toujours plus. Et moi, en bonne machine à frapper, je le bastonnais sans m'arrêter. Et il m'a dit : c'est lui ou moi.
-Le lui c'était moi j'imagine.
-Son visage ne ressemblait plus à rien et son sang tachait le sol de la pièce. Mais il me mettait au défi de la tuer parce que si je ne le faisais pas alors il reviendrait à Paris pour te faire du mal. Il fallait que je l'achève, c'en était trop. Je lui ai donné un énorme coup de pied dans le ventre. J'y ai mis toute ma force, toute ma frustration, toute ma colère. Vladimir a giclé comme un balle de fusil. Je l'ai propulsé à travers la grande fenêtre derrière lui qui a éclaté dans une pluie de verre et de bois. Je n'ai eu qu'une fraction de seconde pour me rendre compte que j'avais oublié qu'il faisait jour dehors. Alors que Vladimir disparaissait dans d'horribles hurlements, rongé par les flammes, un rayon de soleil m'a frappé au visage. On m'a plaqué au sol. C'était mes deux acolytes qui avaient agi avec des réflexes incroyables. Le soleil ne m'avait touché que quelques secondes et pourtant je me sentais me consumer de l'intérieur. La douleur est indescriptible Psyman. J'ai hurlé à m'en péter la voix. Mes partenaires m'ont roulé dans un drap avant de me sortir de là. Ils ont été courageux car eux aussi auraient pu brûler. Je me tenais le visage pendant qu'ils me descendaient dans le salon. Ils m'ont appliqué un linge mouillé sur la face. J'ai gueulé de plus bel. Mais ils savaient ce qu'ils faisaient. Je leur ai demandé si c'était grave. Je les suppliais de me décrire. J'en pleurais. L’œil n'est pas touché. C'est ce qui m'a été répondu. Et effectivement mon œil gauche voyait encore. L'autre mec s'est agenouillé à côté de moi et m'a calmement décrit l'état des dégâts. Ma joue gauche était gravement cramée, il me fallait des soins spéciaux."

Sur ces mots Florine fait basculer sa capuche en arrière. Je découvre son visage marqué d'une bande de brûlure rosie barrant la joue gauche. Elle baisse le regard.

"C'est horrible hein" me dit-elle.

Dehors la pluie redouble d'intensité.

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