mardi 30 septembre 2014

84-Regoûter à l'ennui




"Ça va aller, c'est sûr?
-Oui oui, pas de soucis. Merci pour la balade.
-La prochaine fois on se fera la tournée des grands ducs", a ajouté Florence en faisant mine de porter une tasse de thé à sa bouche et en dressant l'auriculaire. 

La brunette est remontée dans sa Smart. Je l'ai à nouveau remercié de m'avoir raccompagné chez moi et elle s'en est allée. En s'éloignant sa voiture avait de faux airs de jouet lego. Dans ma boîte aux lettres j'ai trouvé mon téléphone portable. En l'allumant j'ai découvert un texto non lu :

"cadeau! :)"

Je me suis vite senti seul chez moi. Je n'avais aucune énergie et le moindre de mes mouvements pressait mes côtes fragiles. Le répondeur de mon salon indiquait dix neuf messages. La plupart venant de patients qui cherchaient à prendre rendez vous. J'avais faim. Alors j'ai pioché deux tranches de jambon dans le frigo que j'ai mangées à même la barquette. J'avais l'impression d'être un clodo. J'ai envoyé un sms à Florine :

"Où es-tu?"

Ma mère m'a appelé. Elle me demandait si elle devait passer. Je lui ai dit que non. Elle m'a demandé une seconde fois si elle devait passer. Je me suis tu. Mon silence l'a inquiété. Je lui ai dit que j'étais fatigué. Elle a dit qu'elle me rappellerait. En raccrochant j'ai remarqué le sac de Florine. La besace tête de mort kakis que je lui avais offerte à noël. Elle était posée sur mon canapé, entre deux coussins. J'ai fouillé mon appartement pensant trouver la vampirette cachée dans un placard, prête à bondir pour me faire une de ces bonnes blagues dont elle avait le secret. J'ai même regardé dans le bac à linge. Personne. Comment cette foutue sacoche était arrivée ici? J'ai exploré l'intérieur du sac. Il n'y avait qu'une seule chose. Son gros carnet de notes. Cet espèce d'agenda noir dans lequel elle consignait les entretiens auxquels elle assistait. Je me suis assis et j'en ai parcouru les pages. Dieu que j'avais du mal à déchiffrer son écriture. Mais force était de constater qu'elle était plutôt exhaustive dans sa prise de notes. Tous les éléments étaient là. Le tout agrémenté de petits dessins qui n'avaient rien à envier aux capacités cognitives d'un enfant de sept ans. Parfois elle me caricaturait. Son coup de crayon immature insistait sur mes joues creusées et mes oreilles décollées. Je ressemblais à Babar. La présence de son carnet m'intriguait. Que devais-je comprendre? Les rendez vous notés dans le calendrier des premières pages étaient barrés mais reportés à des dates ultérieures. J'étais censé revoir prochainement Mahaleo.

"Ça me semble compromis ma chère Florine" ai-je dit à haute voix.

J'ai passé la soirée à moitié allongé sur mon canapé. Je zappais d'une chaîne à l'autre. Je m'ennuyais. Je consultais régulièrement mon portable pour y découvrir à chaque fois la même chose : rien. L'accusé de réception du message envoyé à Florine indiquait toujours "en attente". Un patient à qui j'avais promis à la va vite un entretien m'a appelé. J'ai laissé le téléphone sonner et le répondeur s'enclencher. C'était un jeune schizophrène. Il disait avoir besoin de soutien, que nos anciens entretiens lui avaient fait du bien. Quelle connerie! Nos entretiens consistaient à un monologue de ma part. Ce type ne disait pas un mot et au mieux répondait à mes questions par des phrases tellement courtes que je n'avais même pas le temps de préparer une relance. Je me suis calé le plus confortablement possible contre un gros coussin rapatrié depuis ma chambre. A la télé des chroniqueurs disaient tout le mal qu'ils pensaient de la dernière télé réalité à la mode. Mon ventre commençait à gargouiller. Mais mes yeux préféraient le sommeil à l'appétit et ils se sont fermés.  A mon réveil Bruce Willis tentait de sauver des otages sur mon écran plat. J'étais tourné sur le côté. Très mauvaise position pour mes côtes selon le médecin. J'avais bavé sur mon oreiller. Après m'être essuyé la joue recouverte de salive j'ai consulté mes messages sur mon portable. Il y en avait un. Il provenait de Tante Danielle. C'était le nom de code que j'avais donné à Rita dans mon répertoire. Le message disait :

"sorti?"

Je n'ai pas répondu. Ma libido était inversement proportionnelle au nombre d'os et de cartilages cassés qu'il y avait dans mon corps. Avant de manger j'ai pris deux gros cachets. "Pour la douleur" selon le médecin. C'est toujours contre la douleur ces machins de toute façon. C'est devant un chef d’œuvre du septième art mettant en scène l'armée américaine guerroyant contre des requins mutants que j'ai lentement dégusté un plat cuisiné sorti tout droit du micro ondes. 23h30. Je me suis levé, fourchette à la main, pour jeter un coup d’œil par la fenêtre. Je pensais à l'escalade de Notre Dame lors de mon premier entretien avec Jeanne. Dans mon état j'avais déjà du mal à monter des escaliers. Alors la façade d'une cathédrale...
Je me couchais beaucoup trop tôt mais mon organisme avait besoin de repos. Et puis pourquoi rester éveillé? Avais-je un zombie à écouter ou une vampire à accompagner? Pas ce soir. Après m'être constitué un confortable repose tête avec deux oreillers moelleux j'ai envoyé un nouveau sms à Florine :

"Bonne nuit"

samedi 27 septembre 2014

83-Visites




L'infirmière est sortie en grommelant. Je n'étais pas très compliant. Je venais de refuser une fois de plus de faire ma toilette. Cela faisait quatre jours que je ne m'étais pas lavé. Mon corps me faisait trop mal pour ce genre d'exercice. J'avais juste repris un brossage de dents approximatif. Quand je me suis vu pour la première fois dans le miroir de la salle de bain j'ai failli m'effondrer en larmes. Mon visage était tuméfié et le gros pansement soutenant mon nez était impressionnant. Mais ma foi en la médecine de mon pays avait fini par me rendre presque optimiste. 
"J'en rirai un jour" essayais-je de me persuader. 
Je me sentais comme un poisson rouge crasseux dans ma chambre. Recevant les visites régulières du personnel soignant qui commençait à évoquer ma sortie. La période d'observation étant terminée je devais mettre les voiles dans les jours prochains bien que je ne m'en sentais aucunement capable. Le système de santé était ainsi. Une fois qu'il était certain que vous ne risquiez pas de mourir d'une hémorragie interne il vous foutait dehors. Ma mère était également venue me voir. Elle m'a apporté des chocolats bon marché. Je n'avais pas envie de chocolat. La boite était posée sur la table près de la porte. Ma mère était pleine de bonnes attentions, me demandant toutes les cinq minutes comment j'allais, voulant me servir des verres d'eau ou me parler de la famille. C'est fou comme on a facilement des pulsions meurtrières quand on ne va pas bien. Elle m'agaçait. Je trouvais son empathie normale mais elle m'énervait. J'avais mal et je ne voulais pas la voir. 
Alors que je regardais une émission où une bande de décorateurs d'intérieur construisait une maison de cinq cent mètres carrés à une famille américaine obèse dont la petite dernière était atteinte d'une maladie rare qui la rendait allergique au soleil, au lait et au sirop pour la toux une infirmière a frappé à la porte.

"Vous avez de la visite..."
Elle n'a pas eu le temps de terminer sa phrase qu'un lutin en chapeau noir est entré dans la pièce. Florine s'est précipitée sur le rideau opaque qu'elle a fermé. Ce qui a soulevé les protestations de l'infirmière. 
"Chut!" lui a sèchement répondu la vampire qui lui a fermé la porte au nez.
Elle a allumé un des néons et a jeté son grand chapeau et ses grosses lunettes de soleil sur la table. Elle est restée debout à me fixer de longues secondes. J'étais surpris par cette entrée théâtrale. J'étais content de la voir mais je regrettais du coup les douches que je n'avais pas prises. Florine s'est approchée du lit avant de s’effondrer à genoux, la tête posée sur ma main. Elle pleurait. Elle pleurait et elle s'excusait. La crème solaire et ses larmes formaient une liquide visqueux et chaud sur ma peau. Entre deux sanglots elle se reprochait de m'avoir abandonné le soir où je me suis fait dérouiller par Vladimir. 

"Ce n'est pas grave, ce n'est pas grave" lui répétais-je de ma voix nasillarde.

Elle a relevé la tête. Le noir autour de ses yeux avait coulé. Elle avait une mine affreuse. Elle a du s'en rendre compte car elle a attrapé la boite de mouchoirs en papier et s'est tamponnée le visage.

"Je suis désolée, m'a t-elle dit.
-Pas grave, vraiment Florine.
-C'est nul, je dois être moche maintenant.
-Tu n'es jamais moche."
Ça l'a fait sourire.
"Toi en revanche t'es super moche, m'a t-elle rétorqué.
-Je suis toujours super moche, je reste constant."
Je faisais un effort magistral pour parler le plus correctement possible malgré mon état.
"Quelles sont les nouvelles? lui ai-je demandé.
-Vladimir s'est enfui. Il a quitté le pays.
-Il est où?
-Quelque part à l'Est certainement.
-Vous allez faire quoi du coup?"
Florine a baissé les yeux. Ce n'était pas bon signe. Alors j'ai repris :
"Vous allez faire quoi?
-Tu le sais très bien.
-Ce n'est pas à toi d'aller le chercher.
-Je suis la meilleure pour ça.
-Ce n'est pas à toi!"
Je déployais une énergie folle pour m'énerver. 
"Tu te rappelles search and destroy tout ça? On est en plein dedans. Les agressions sur les mortels sont prises hyper au sérieux. Les Renseignements Généraux ont contacté le Conseil. Ils voulaient en avoir le cœur net. Il leur a été répondu qu'on ne savait pas ce qui s'était passé mais qu'on enquêtait de notre côté. Les Sages sont formels, bon sauf K.,  tu sais le chauve là. Il faut retrouver Vladimir et l'éloigner de la circulation.
-L'éliminer? ai-je demandé calmement à la vampire.
-Ça fait partie des possibilités. 
-Des certitudes même non?
-Des certitudes même.
-Ne fais pas ça Florine, laisse les faire.
-Je le dois, je te dois ça Mehdi. 
-Tu ne me dois rien.
-Je le dois. On se revoit bientôt."

L'ado centenaire s'est levée et s'est recoiffée de son chapeau et a rechaussé ses lunettes.

"Bientôt les choses redeviendront comme avant. Et ce sera bien. On ira piquer niquer tous ensemble. Ce sera comme avant. 
-Florine...
-Soignes toi bien. Sois en forme pour mon retour, j'aurai des choses à raconter."

Et elle est sortie après m'avoir lancé un dernier sourire. Je voulais lui crier de rester, de me parler. Mais je n'en avais pas la force. Et puis à quoi bon? Elle savait ce qu'elle faisait. C'était ainsi. Je regardé ma main. Celle sur laquelle elle avait pleuré. Elle luisait des larmes d'une vampire.

mardi 23 septembre 2014

82-...à la dure réalité.



"Alix...
-Oh vous êtes réveillé. Désolée je ne suis pas Alix, je suis le docteur R"
Mon premier réflexe a été de me toucher le visage. J'ai senti un truc dur et épais courant le long de mon nez. Le médecin m'a rejoint et s'est appuyée contre la rambarde du lit.
"N'y touchez pas, c'est un pansement. Restez calme. Tout va bien."
J'ai levé légèrement le bras gauche, une perfusion y était plantée. Je somnolais. Je me sentais bien. Une personne, une infirmière peut être, a rejoint le docteur R. à mon chevet. Elle a vérifié un truc sur une machine.
"On s'occupe de vous, Monsieur. Vous sortez d'un sommeil artificiel dans lequel on vous a plongé pour pouvoir vous soigner. Tout s'est bien passé." m'a t-elle annoncé d'une voix calme.
J'ai voulu lui demander où j'étais mais je n'aspirais qu'à une chose : dormir.

Lumière, mouvements, lumière, tête d'un homme en blouse bleue. On me déplaçait. Mon cerveau tentait d'analyser la situation. J'étais dans une chambre. Oui une chambre c'est ça. On m'a empaqueté dans mon drap pour me transvaser sur un lit. Tout était doux. J'étais dans le coton. Je ne ressentais rien. J'avais juste un peu de mal à respirer par le nez. J'ai du m'endormir car en ouvrant les yeux j'ai constaté que les rideaux avaient été tirés. Une faible lumière s'est allumée. Une jeune femme  poussait devant elle une chariot. Dessus il y avait un plateau repas. Je mentirais si je disais que j'avais envie de manger. Elle a vérifié ma perfusion avant de me demander comment ça allait.
"Je ne sais pas, a été la réponse la plus pertinente que j'ai pu trouvée.
-Vous avez mal?
-Non, ai-je répondu en parlant du nez.
-Si ça ne va pas n'hésitez pas à nous appeler". Elle m'a montré le bouton pour sonner les infirmières.
"Qu'est ce qui s'est passé? lui ai-je demandé même si ma mémoire se remettait doucement en état de marche.
-Vous avez été agressé. On vous a retrouvé inconscient dans la rue. C'est une de vos amies qui a appelé les secours. Vous êtes resté dans le coma deux jours...
-Deux jours! me suis-je exclamé avec ma voix nasillarde.
-Oui deux jours, mais tout va bien. Les examens d'hier sont bons. Vous avez eu un léger traumatisme crânien. Vous avez également le nez cassé, d'où le gros pansement sur le visage. Vous avez un poumon perforé par une côté brisée. Mais rassurez vous, tout va bien maintenant. Nous nous occupons de vous."

J'avais salement morflé. Ce qui m'impressionnait le plus c'était que mon cerveau avait déconnecté pendant quarante huit heures. Je me demandais si j'avais perdu mes facultés mentales. Je tentais de me rappeler de mon nom. Ok. Ma date de naissance. Ok. Plus dur, mon numéro de téléphone. Ok aussi. Je me rappelais de tout. Ouf! Je bougeais les doigts. Ça aussi ça fonctionnait. Et pendant que l'infirmière collait le chariot au lit je remuais les orteils. Il me semblait qu'à part quelques os craqués mon corps et mon cerveau répondaient présents. Du coup je me sentais presque joyeux alors que la situation aurait du me faire m'effondrer en sanglots. Je n'ai pas pu manger ce jour là. Je n'arrivais pas à trouver l'appétit. Rapidement j'ai pensé à Vladimir, à Florine et tout le bordel qui devait secouer le monde de la nuit.

Le lendemain j'ai eu de la visite. Pas celle à laquelle je m'attendais. Ce n'était ni Florine ni ma famille. C'était un homme plutôt costaud en blouson bombers noir. Il gigotait sur place. Il avait l'air assez mal à l'aise. Je devais vraiment être moche à voir. Il a pris une chaise qu'il a glissé à un mètre de moi.

"Bonjour Monsieur. Je suis l'inspecteur T. J'aimerais vous poser deux trois petites questions au sujet de l'agression dont vous avez été la victime cette semaine en trois."

Je ne comprenais pas ce qu'il entendait par cette semaine en trois. Et je n'aimais pas le ton martial de sa voix.

"Est-ce que vous pourriez me décrire l'individu agresseur? a t-il repris en sortant un calepin de la poche intérieur de son blouson.
-Je peux pas trop parler là, lui ai-je dit en désignant mon visage de la main et en soulevant le bras pour lui montrer ma perfusion. Je ne suis pas en état, désolé, ai-je ajouté péniblement.
-Je comprends, je comprends, marmonnait-il en se grattant la tête. J'en parlerai à mon chef", m'a t-il annoncé avant de se lever d'un bond et de me remercier pour ma collaboration.

En sortant il a oublié de fermer la porte. Les bruits du couloir m'étaient insupportables. Je devais manquer de morphine dans le sang. J'ai bipé l'infirmière. Je lui ai dit que j'avais mal "un peu partout" (difficile de bien localiser la douleur dans mon état). Elle a bidouillé un truc sur ma perfusion. Au moment où elle a tourné les talons je lui ai prestement demandé de fermer la porte.
"Naturellement", m'a t-elle répondu.

Après un temps indéterminé de sommeil j'ai eu droit à une nouvelle visite (à croire que mon avis importait peu au personnel soignant). C'était Florence. Elle tenait un gros bouquet de fleurs dans ses bras. J'en avais rien à faire de ses foutues fleurs. Je ne voulais même pas la voir.

"C'te tronche!" s'est-elle exclamée lorsque j'ai ouvert les yeux. Tu m'as vraiment fait flipper tu sais".
Apparemment on se tutoyait maintenant.
"Un fou, un guedin ce punk! a t-elle repris en s'asseyant.
-Qui ça? lui ai-je demandé.
-Le punk qui s'est jeté sur toi. J'ai entendu du bruit. Je pensais que c'était un clodo qui se battait avec un rat. Un gros rat. Un jour j'en ai vu un gros comme ça, on aurait dit un lévrier afghan. J'te jure. Comme ça. Un gros, ponctuait-elle de grands gestes. Le mec te balançait comme une paire de chaussettes sales. C'était Hulk contre Pinocchio. J'ai commencé à gueuler par la fenêtre. Du genre : eh oh ça va oui?! Ça ne l'a pas arrêté, du tout même. Alors j'ai appelé les flics. Ça me faisait mal au cœur de te voir te répandre ainsi sur la chaussée.
-Merci...
-De rien, de rien. Brother! Bro', a répondu Florence en posant solennellement la main sur sa poitrine. Les policiers sont vite arrivés. J'étais surprise. Quand ma voisine a tenté de se suicider au fer à souder ils ne sont pas venus aussi rapidement. Le punk s'est enfui quand il a entendu les sirènes. Il te tenait par la cheville et te traînait parterre quand il a décidé de foutre le camp. Je suis descendue. Tu étais dans un de ces états. Mon dieu. Tu ressemblais à une pizza quatre fromages. Y en avait partout. La police t'a porté les premiers soins mais il a fallu attendre le SAMU. C'est là que la pâlotte a débarqué...
-Florine?! ai-je interjecté en parlant du nez.
-Oui, c'est ça, Florine la pâlotte. Quand elle t'a vu au sol elle a crié, elle était en rage. On aurait dit un hamster sous cocaïne. Elle écartait les flics du bras qui tentaient de la maîtriser. Sans succès. Elle a de la poigne la gamine! Elle s'est jetée sur ton corps. Ouais je dis ton corps vu qu'à ce moment je ne savais pas si tu étais encore vivant ou non. Ils ont menacé de l'embarquer si elle ne se calmait pas, d'autant plus qu'elle gênait l'intervention des secours. Ils ont refusé qu'elle monte dans l'ambulance d'ailleurs. Même si ça me faisait louper Games of Throne à la téloche c'est moi qui suis venue avec toi à l'hôpital. Quand on a quitté la scène de crime elle criait encore comme une furie en tournant en rond. Les policiers ont du passer un sale quart d'heure.
-Où est-elle?
-Qui?
-Florine merde! M'énerver me demandait un véritable effort.
-Ah oui, euh...dans ton cul! Nan, je rigole! Humour à l'américaine. Humour hospitalier. Perf', sonde et scalpel. Florence divaguait.
-Elle est où? ai-je insisté.
-J'en sais rien! Oh! Calmos! Quand je suis rentrée il n'y avait plus personne dans la rue. Elle passera peut être te voir."

Même si je devais remercier Florence pour son intervention c'était Florine que je voulais voir et rassurer. Je savais ce qu'il allait découler de tout ça et ce que la vampirette serait obligée de faire. Je devais lui parler. J'avais semble t-il perdu mon portable dans la bataille. J'aurais pu me servir de Florence comme intermédiaire mais je me suis ravisé. Elle m’énervait pour des raisons qui m'échappaient. Je rageais d'être dans cet état. Pas parce que j'avais mal ou par amour propre. Mais parce que je ne pouvais rien faire, rien gérer. Je ne pouvais aider personne. Je devais attendre.

mercredi 3 septembre 2014

81-Du rêve...



"Un grille pain.
-Où ça? lui ai-je demandé en plissant les yeux.
-Là, juste au bout de mon doigt. Tu as même la prise électrique à droite.
-Vu sous cet angle...peut être oui...
-C'est toi l'angle", m'a répondu Alix.

Je ne voulais pas lui dire que malgré mon imagination féconde je ne voyais aucun nuage qui avait de près ou de loin la forme d'un toaster. Je ne voulais pas la contrarier et provoquer une engueulade stupide. De celles dont nous étions de grands habitués avant notre séparation. Alors oui je pouvais voir tous les grilles pain du monde dans le ciel. 
Nous étions allongés sur l'herbe. Nos têtes collées l'une contre l'autre. Vu d'en haut nous devions ressembler aux aiguilles d'une horloge.

"Je suis contente que tu sois là. Qu'on soit là au calme Mehdi."

Alix a légèrement tourné son visage vers moi. Ses doux cheveux blonds m'ont caressé la joue. Dieu que cette sensation m'avait manqué. Elle tenait entre les mains Raoul, le Teddy lapin qu'elle m'avait jadis offert. A côté d'elle était posé un bouquet de fleurs. Mon cadeau pour ses vingt cinq ans. Je les avais choisies à l'arrache. J'étais en retard et j'étais passé par le premier fleuriste de ma rue. Dans le métro je m'étais malheureusement  rendu compte que certaines de ces fleurs étaient à moitié mortes. Mes retrouvailles avec la jolie blonde s'annonçaient mal. Il n'en a rien été. Elle a été adorable. Elle était extrêmement contente de me voir. Je ne l'avais pas vu sourire ainsi depuis si longtemps. Elle n'a pas tari de compliments au sujet de mon bouquet. Mais ce qui lui a fait le plus plaisir c'était de me voir porter une chemise rouge. 
"Enfin de la couleur!" s'était-elle écriée.

Les voitures passaient non loin, on était plus proche d'une grande aire d'autoroute que d'un parc et un chien jouait avec ses maîtres à dix mètres de nous mais on était bien. On chassait les nuages. 

"Un Teddy! Là! lui ai-je annoncé triomphalement en désignant un gros nuage rond qui ressemblait vaguement à un ours en peluche.
-Oh oui, un Teddy! Regarde Raoul, un Teddy comme toi", a dit Alix en levant la peluche lapin au ciel.

Je voulais lui dire à  quel point j'étais fou d'elle. Que je la trouvais magnifique. Que je l'aimais. Mais je me suis tu et je l'ai regardé jouer avec Raoul et les nuages.