mardi 29 avril 2014

Patient : Florine. Entretien : 8

 
Florine veut me parler en privé. Nous nous isolons dans une petite pièce attenante au Centre, près d'une fenêtre, juste éclairés par la lumière extérieure.
"J'avais envie de parler. J'ai un coup de mou là. Pas à cause de la fille à la jambe de bois hein. Ni à cause de son prénom. J'te jure s'appeler Florence quand il y a déjà ici une bombe qui s'appelle Florine. Non c'est pas pour ça. La semaine prochaine c'est mon anniversaire. Le premier février. Ouais mon anniversaire. Tu sais normalement les vampires fêtent pas leur anniv'. Même moi. C'est  dire si c'est rare. On le fête pas mais à chaque fois que le jour fatidique approche on y pense tous. Oliver ou Steeve vont peut être te dire le contraire mais crois moi ils y pensent tous! Y a que les vieux vampires, genre ceux du Conseil qui trouvent une quelconque gloire à prendre un an. Encore et encore. Vivre éternellement. Faire perdurer la race. Nous, c'est l'angoisse."
Je lui demande en quoi c'est "l'angoisse".
"Je pense qu'on fête un anniversaire pour profiter de la vie, de l'année qui vient de s'écouler et de l'année à venir. On sait qu'on va mourir donc chaque année est importante. Mais quand tu ne peux pas mourir, je veux dire mourir de vieillesse ou de maladie, comme n'importe qui, chaque année est comme une goutte d'eau dans un puits sans fond. Pourquoi célébrer une année de plus dans une vie sans fin? Un honneur de vivre indéfiniment? Mon cul! Excuse, mon œil! J'accepte ma vie de vampire. Mais centre trente sept ans! Nom de nom! Cent putains de trente sept putains d'années! Et je devrais célébrer ça? Non merci. Les mortels ont peur de la mort. Quand tu deviens vampire tu te sens plus vivant que jamais. Puis les années passent, par paquets et tu as peur de la vie!"
Je lui demande ce qu'elle fait d'habitude le jour de son anniversaire.
"Avant c'était un jour où j'avais besoin de me défouler. Pour oublier je crois. Oublier le temps. Je me castagnais avec d'autres vampires. Tu sais c'était un peu comme les chats qui se bagarrent mais qui en fait s'amusent. Sinon je reste dans mon clic clac. A cogiter. L'an dernier je cogitais tellement que je me suis tailladé les poignets, pour penser à autre chose."
Je lui fais remarquer qu'elle ne se scarifie plus.
"Ça a toujours été mal vu de faire ça pour un vampire. On a besoin de pas mal de sang pour vivre. Du coup en me coupant volontairement je perdant de l'hémoglobine. Je la gâchais. Phil pétait un câble quand je faisais ça. L'honneur des vampires. Tout ce blabla qu'on me rabâche aux oreilles depuis l'Aristo. Tu sais, le mec qui a fait de moi celle que je suis. Depuis que je te connais non je ne me scarifie plus. Je n'en ressens plus l'envie. Si je suis énervée je préfère te charrier sur tes goûts musicaux ou sur ta garde robe. Mais non, je ne me coupe plus les poignets."
Elle me montre ses poignets qui portent la trace de cicatrices plus rosâtres que le reste de sa peau. 
"On peut passer le premier février ensemble Psyman? Avec Robert et les autres, qu'on fasse un truc. Je veux que cette journée soit une journée sympa. Qu'elle ne me fasse pas penser à la vie, à la mort. Une journée sympa"

dimanche 27 avril 2014

63-La fille à la jambe de bois


Depuis un mois nous essayions d'être le plus discret possible dans le centre 666. Force est de constater que nous avions échoué. Un zombie était tombé du toit et un loup garou s'était baladé dans le quartier avant de s'engouffrer dans l'immeuble. Nous aurions tout voulu foutre en l'air que nous nous y serions pas pris autrement. Malgré tout le Conseil Vampirique ne s'était pas manifesté. Et Florine n'avait pas eu vent de critiques à notre sujet. C'est d'une voisine que l'inquiétude allait venir. Celle que j'avais entre aperçu la nuit du nouvel an. Florence ou, comme aimait l'appeler Florine : "la fille à la jambe de bois". Elle n'aimait pas que quelqu'un porte un prénom approchant du sien. Florine, Florence. "J'étais là avant" répétait la vampire.
Une nuit l'interphone du centre a sonné.
"Ouais salut, désolée de vous déranger. J'suis vot' voisine! On peut causer?
-Euh...nous n'avons pas de voisine, lui ai-je répondu.
-Comment ça pas d'voisine? Qu'est ce qui m'raconte lui? maugréait-elle en éloignant et approchant sa bouche de l'interphone m'obligeant à tendre l'oreille pour comprendre ce qu'elle disait. 
-Je crois que vous vous êtes trompée.
-Et si j'parle d'un type qui tombe du toit le soir du nouvel an et qui s'relève comme si de rien n'était ou d'un mec tout poilu qui se balade dans la rue avec un chapeau bizarre sur la tête avant d'entrer dans l'immeuble je me trompe toujours?
-Je descends", ai-je dit après avoir réfléchi un temps.
Arrivé en bas j'ai poussé un long soupir avant d’entrebâiller la porte. Face à moi une femme d'une fin de trentaine, début quarantaine. Brune, cheveux mi longs. Un air vaguement méditerranéen. De jolis traits. Elle portait un sweat à capuche rouge pétant et un short en jean pas du tout de saison. Sous le short un collant. Mais ce qui frappait c'était que sur sa jambe gauche le collant s'arrêtait au genou pour laisser place à une prothèse métallique. La jambe artificielle se terminait, comme l'autre pied, par une bottine en caoutchouc. La femme s'appuyait sur une canne en bois. Elle a levé la main droite pour me saluer et elle s'est approchée.
"Salut moi c'est Florence, votre voisine donc.
-Bonjour...Mehdi. Donc, que puis je faire pour vous?
-Oh non rien en fait. J'voulais juste causer un peu. Comme je vous l'ai dit j'ai cru voire des trucs bizarres par ici. Et vu que je n'aime pas croire que je suis folle je voulais en avoir le cœur net.
-Et donc vous voyez des gens tomber du toit et des types poilus dans la rue, c'est ça?
-Exact Raoul! Tout compris. Il est formidable ce type, il a tout compris, se disait-elle à elle-même mimant presque un interlocuteur virtuel.
-Si je vous dis qu'il n'y a rien de tout ça?
-Faux! Archi faux! Direct je place le faux là! Faut pas m'prendre pour une buse non plus."
La tête de Florine a surgi sous mon bras. Elle a poussé la porte pour l'ouvrir en grand.
"C'est à quel sujet? a t-elle demandé à Florence.
-Non mais c'est quoi ça? T'es pas au lit toi? T'as école demain, allez zou, ouste, au dodo! C'est votre fille? Faut qu'elle dorme. Après ça va roupiller en classe. Convocation des parents et tout le toutim.
-Hey ho! a été la seule chose que la vampire a su répondre, prise au dépourvu.
-En plus t'es toute palote, elle m'a l'air malade la p'tite là. Ça doit être le froid.
-Mais de quoi je me mêle?! a fini par lui rétorquer Florine.
-Les enfants d'aujourd'hui c'est plus c'que c'était."
La vampirette commençait à s'énerver et s'apprêtait à répondre. Je l'ai écarté de la main, lui disant de rentrer et de retrouver les autres. A contrecœur elle s'est exécutée en râlant fortement.
"Qu'est ce que c'est qu'ce machin?
-Florine, une...amie.
-Vous avez de drôles de fréquentations vous si vous voulez mon avis.
-Justement non. Je ne veux pas votre avis. Écoutez il est tard, je commence à fatiguer. On va dire que rien n'est tombé du toit et qu'il n'y a pas de machin poilu qui court les rues. Ok?
-Et moi il ne me manque pas une jambe! Arrêtez de vous fiche de moi. Vous m'avez l'air plutôt fut fut en plus. N'insultez pas votre intelligence et la mienne. Dites moi juste si tout va bien par ici et si on doit s'inquiéter dans le quartier. J'ai pas très envie qu'un type me tombe sur la tête quand je reviens du Shopi.
-Y a pas de Shopi dans le quartier. Mais vous ne risquez rien. Les gens qui viennent ici sont tous très gentils.
-Même la p'tite toute blanche là?
-Oui, même elle.
-Mais c'est quoi exactement ici? a t-elle demandant en s'appuyant sur sa canne montrant quelques signes de fatigue musculaire.
-Disons...un endroit qui accueille des gens un peu différents.
-La nuit?
-La nuit. Des gens différents et noctambules.
-Vous n'êtes pas une association de drogués j'espère. Pas d'ça dans l'quartier hein!
-Non. Pas de drogue. Juste des gens qui ont besoin de sortir et de se rencontrer. Vous n'avez pas d'inquiétude à avoir. Et surtout pas d'inquiétude à communiquer."
Florence plissait les yeux, ne saisissant pas ma dernière remarque.
"Pour faire simple : évitez de parler de tout ça à quelqu'un d'autre.
-Ah ok. Le con, j'avais rien capté. Rooh l'autre. Oh, désolée pour le con, ça sort comme ça chez moi. J'ai l'insulte facile. Facile mais amicale. De bon aloi quoi. Non non, je sais tenir ma langue. Vos bonshommes qui tombent du toit sera un secret bien gardé. Mais dites moi, y aurait moyen que je vienne vous rendre visite. A vot' p'tite bande là?
-Pas dans l'immédiat.
-Un jour. Genre jeudi en quatre, j'ai des dispos le soir.
-Pas dans l'immédiat, ai-je répondu en posant ma tête contre le cadre de la porte.
-Oulah, je vois que j'commence à vous ennuyer. 
-Non c'est juste que je dois aller retrouver le groupe.
-Ah oui le groupe qui veut s'rencontrer et sortir de chez eux.
-Ce groupe là oui.
-Avec la p'tite palote.
-Florine, oui."
Florence a mis sa capuche rouge sur la tête et s'est passé le doigt sous le nez pour se gratter.
-Bon, je vais vous laisser. Mais un jour on s'rencontre, tous hein. Genre fête des voisins.
-Je leur en parlerai.
-Promis?
-Oui oui, promis."
Elle a hoché la tête. Elle avait un look tellement étrange qu'elle aurait fait bonne figure dans n'importe quel service de jour de psychiatrie. Après avoir lâché un "bon" elle a tourné ses talons tout en caoutchouc et s'appuyant sur sa canne s'est éloignée. Quand elle a disparu sous le passage menant à la rue Florine est réapparue, râlant toujours.
"Non mais une fête des voisins! Puis quoi encore! J'te jure. L'autre avec sa jambe de bois. Pfff!
-Une prothèse pas une jambe de bois, c'est pas un pirate. Elle n'a pas l'air méchante. On a de la chance, ça aurait pu être une nostalgique de la collaboration. Elle nous aurait balancé. Et tu serais peut être au trou à l'heure qu'il est, lui ai-je répondu en ricanant.
-Ha ha ha. Very funny mister Psyman.
-Restons vigilants quand même hein.
-C'est clair, a répondu sérieusement la vampire.
-Allez, on remonte."

vendredi 18 avril 2014

62-La voix de Rita



Sa voix légèrement cassée me troublait. Elle était saupoudrée d'un léger accent à la provenance indéterminée. J'adorais ça. Et l'écouter, allongé sur mon lit, le téléphone collé à l'oreille était devenu un véritable plaisir. Je me délectais plus de la forme que du fond à vrai dire. La puissance sexuelle de son timbre m'excitait davantage que ses propos. Rita m'avait appelé la première fois suite à son passage par la case Conseil Vampirique. Peu après que Florine l'ait balancée de la mezzanine de l'Antre. Apparemment les anciens voulaient lui remonter les bretelles. Là bas, "par hasard" m'a t-elle dit, elle avait trouvé une des cartes imprimées par Florine sur laquelle figurait mon téléphone fixe. "Hey psychologue pour zombie, ça va?" avait été sa première phrase. Je n'avais pas reconnu sa voix. Lorsqu'elle s'est présentée j'ai failli raccrocher. Par loyauté envers Florine. Car même si je n'avais rien contre elle dans le fond elle restait l'ennemie de ma vampire préférée. Étant de nature curieuse j'ai voulu en savoir plus. Pourquoi m'appelait-elle. Elle m'avait dit alors que "l'incident" avec Florine l'avait marquée. Qu'elle était restée chez elle (elle aussi vivait en collocation) prostrée dans un coin pendant un jour entier, sans savoir pourquoi. Et c'est justement cette interrogation qui l'avait poussée à m'appeler. Ça et l'envie de me parler avait-elle dit. Si au départ je l'écoutais presque silencieusement, n'osant pas établir un véritable contact avec celle qui apparaissait à mes yeux comme la rivale de ma collègue vampirette, j'ai réellement conversé avec elle par la suite. Elle se posait des questions intéressantes sur son propre comportement. Sur sa relation avec Florine, avec les hommes, avec le monde. Mais elle le faisait avec humour et en plaçant de façon ponctuelle de légères allusions sexuelles ici ou là. Chose qui ne faisait qu'augmenter mon trouble et l'ébullition de mes hormones. Même si j'essayais de rester méfiant quant à son véritable but (un piège?) je m'autorisais à me laisser transporter par sa voix et ne culpabilisais pas devant l'érection qu'elle me provoquait. Je lui répondais avec un grand sérieux. Mais, chemin faisant, ce grand sérieux s'est trouvé parasité par des sous entendus coquins que ma testostérone ne pouvait réprimer. Et ça la faisait rire. Et son rire m'excitait et augmentait la fréquence des sous entendus coquins. Le cercle vicieux quoi. Tout cela est rapidement devenu un jeu entre nous. Sans jamais de promesse de rencontre. Nous n'évoquions pas le sujet. Nous savions tacitement que ce serait destructeur pour elle, moi et Florine. En tout cas c'est ce que je supposais.
"Bon, je crois qu'il est temps que je te laisse, tu dois être fatigué.
-Un peu, c'est vrai. On a pas mal discuté mine de rien.
-Trop peut être même, a t-elle dit après avoir ri.
-Eh bien je te souhaite une bonne nuit Rita même si je sais que tu ne vas pas dormir.
-Nous avons des cycles inversés, l'heure où les vampires sortent et se rencontrent.
-Bah bonnes rencontres alors.
-Merci, essaie de dormir."
Nous avons raccroché.
J'avais terriblement envie d'elle.

lundi 14 avril 2014

61-Un loup garou dans la ville



Les mains d'une gargouille ne sont définitivement pas faites pour jouer au Scrabble. Je lui répétais de faire attention lorsqu'elle posait son mot sur le plateau. Elle mélangeait systématiquement ceux déjà alignés. Oliver, pourtant d'une gentillesse à toute épreuve, commençait également à s'agacer. Robert ne jouait pas. Il était assis à côté de Florine. Elle lui avait dit qu'ils jouaient ensemble mais dans les faits elle ne le consultait jamais. Qui pourrait la blâmer au vu de la lenteur d'élocution du zombie? Elle proposait des mots au français approximatif. Sortis tout droit de son imagination. Juste avant que Jeanne ne mette à nouveau le bazar parmi les lettres je venais de sèchement refuser à la vampire le mot "tablonner". Selon elle tablonner est l'action de taper quelqu'un avec une table. Elle avait soutenu mordicus qu'il existait jusqu'à que je la menace d'ouvrir le dictionnaire. 
"C'est interdit de regarder dans le dico!" s'était-elle alors exclamé avant de changer de mot pour quelque chose de plus conventionnel.
Et Jeanne de foutre le foutoir, encore. Florine avait eu l'ingénieuse idée de photographier le plateau avant que la gargouille ne joue. Comme ça nous pouvions tout remettre en ordre après le passage de la vilaine main grisâtre de la créature ailée. Nous nous amusions malgré tout. Nous attendions Sacha qui avait promis de "passer dans la nuit". L'interphone a craché sa vilaine sonnerie. Au bout du fil c'était Sacha. Quand on parle du loup (garou). Sa voix était plus grave que d'habitude.
"A force de traîner dans la foret de Meudon il a du choper un coup de froid ce con" m'avait répondu la charmante Florine.
Malheureusement ce n'était pas un problème de gorge prise. Sacha s'était tout simplement transformé en loup garou. Quand il est entré dans la pièce j'ai eu un mouvement de recul, bien que l'ayant déjà vu sous cette forme. Il portait un chapeau en papier aluminium. Florine s'est levée brusquement, faisant tomber ses lettres au passage. Elle a crié à travers la pièce :
"J'espère que tu t'es pas baladé comme ça dans le quartier?! On est pas en pleine forêt là bordel!"
Sacha avançait doucement vers le petit groupe. Le dos courbé. La gueule bavante esquissant un sourire. Il a levé la main pour saluer l'assemblée.
"Salut tout le monde, ça roule?
-Dis moi que tu t'es transformé dans l'ascenseur et pas dans le métro! lui a lancé la vampirette.
-Ah, je me suis transformé?"
Et Sacha de se tâter le poil. Étonné d'être en loup garou.
"Je me disais bien que je ne trouvais plus mes bières.
-Mais putain t'es sérieux?! T'imagine si on t'a vu comme ça! T'imagine si on t'a vu entrer ici en loup garou? Tu déconnes trop, c'est pas possible! Elle s'est tournée vers moi. Je le savais qu'on ne pouvait pas faire confiance à un loup garou Mehdi."
 D'un pas nonchalant Sacha est allé se prendre une bière dans le frigo qu'il a décapsulé avec ses grandes dents. Il s'est assis sur une vieille chaise métallique près de la verrière. Le siège a violemment grincé sous le poids du puissant lycanthrope.
"Je ne sais pas à quel moment je me suis changé en loup garou. Après le métro sûrement. Je ne me souviens pas d'un mouvement de panique."
Il a réajusté son chapeau aluminium.
"Vous devez vraiment faire attention Sacha, d'autant plus que vous pouvez vous transformer n'importe quand, lui ai-je dit.
-Oh, vous savez, les gens sont choqués pour un rien.
-T'es un putain de loup garou! Tu ne passes pas inaperçu tu sais! Tu vas foutre la merde, c'est sûr!" a gueulé Florine en avançant vers lui, prête à en découdre.
Je me suis glissé entre eux. Steeve est apparu dans la salle, fraîchement descendu de l'escalier menant au toit.
"Oh mec! Ca m'choque toujours quand j'te vois en loup garou, trop d'émotions quoi! s'est il écrié en se tenant la poitrine au niveau du cœur. J'remonte, faut que j'aille fumer pour me remettre de tout ça."
Et il est remonté. La vampirette, elle, voulait passer à la castagne. Elle levait les mains au ciel, vociférant. Oliver et moi tentions de la calmer. Tout ce bruit et le loup garou promeneur étaient comme des guirlandes lumineuses accrochées à la façade de l'immeuble. "Ici repaire de créatures qui hantent vos cauchemars". Sacha était voûté sur sa chaise. Les yeux tournés vers le sol. Il ne prêtait que peu d'attention aux propos féroces de Florine. Je le trouvais pathétique. Non seulement dans cette attitude d'avachissement mais aussi dans son apparence grotesque. Un être potentiellement puissant et terrifiant au dos tordu, coiffé d'un chapeau en papier d'aluminium et sirotant une bière. Je le prenais en pitié plus que je voulais le sermonner. J'ai demandé à la vampire de rejoindre Steeve sur le toit. Pour regarder si il y avait de l'agitation dans la rue. Elle a lâché un "pfff" avant de s'exécuter. J'ai tenté d'en savoir plus sur les transformations de Sacha.
"Vous vous transformez vraiment au hasard ou vous pouvez avoir un minimum de contrôle sur le procédé?
-C'est du hasard total. Mince où j'ai mis mes bières? Ah oui je n'ai plus de poche. Ouais, du hasard total.
-Il n'y a pas de sensations avant coureur?
-Pas pour moi en tout cas. La preuve ce soir. Je ne m'en étais même pas rendu compte. Faut dire que je suis un peu étourdi. J'ai d'autres choses plus importantes en tête.
-Comme quoi? lui ai-je demandé étonné.
-Bah les ondes! Faut que je fasse vachement attention. C'est une vigilance de chaque instant que de repérer les antennes ou les appareils potentiellement dangereux pour les neurones. Alors mes transformations, vous savez...
-Vous devriez vous en préoccuper davantage! a lancé Oliver, debout, appuyé contre la verrière, les bras croisés.
-Ah mais mon cher monsieur anglais jusqu'à présent ça n'a pas posé de problème. La nuit en général je suis dans la forêt de Meudon. C'est vous qui voulez que je vienne ici maintenant, en plein Paris. Ça augmente les risques.
-C'est vous qui voulez Sacha, pas nous, ai-je rétorqué.
-Vous et moi on va dire", a répondu l'homme animal.
Une chose était sûre, il allait devoir rester la nuit dans le centre, le temps de reprendre son apparence première. Heureusement que le frigo était rempli de bières. Florine et Steeve sont redescendus.
"Tout est ok boss! a crié Steeve en atteignant les dernières marches.
-Pas de sirène ou d'hommes en armes encerclant le bâtiment, a ajouté Florine toujours énervée.
-Tout va bien alors, ai-je dit en tapant dans mes mains. On peut reprendre le Scrabble non?"
Cette nuit personne n'a remarqué Sacha le loup garou déambulant dans les rues de Paris. Parfois l'étrangeté est tellement...étrange qu'on ne la voit pas. Enfin, personne jusqu'à la fille à la jambe de bois.