mardi 24 mai 2016

106-Chez nous



Par un joli soir de début juin Florine effectua son grand retour dans le Centre 666. Elle avait voulu arriver tôt, avant tout le monde. Elle ne voulait pas débarquer au milieu d'un groupe et attirer tous les regards sur elle et donc sur sa brûlure qui l’obsédait tant. Elle exprimait des sentiments ambivalents entre véritable joie de retrouver les autres et crainte du jugement et du questionnement. Nerveuse, elle préparait maladroitement la grande salle dont la table principale était recouverte d'une fine couche de poussière. Elle se cogna le genou contre une chaise qui, en se renversant, fit vilain bruit qui résonna entre les murs vieillots de la pièce. 

"Putain! cria t-elle avec exagération. 
Je me tournai vers elle, les yeux écarquillés et les bras à moitié levés témoignant de ma surprise.
-Cool, oh!
-Ouais JE SAIS!
Et sur ces mots elle partit à l'autre bout de la salle pour vérifier le contenu du réfrigérateur. A son grand soulagement il contenait toujours quelques bouteilles de Red qui, depuis le temps, devait être plus que glacées. Du sang en granité.
-T'aurais pu faire du ménage quand même Mehdi!
-J'avais d'autres choses en tête ces derniers jours. Mais tu sais, l'endroit est tellement moisi que la poussière s'accumule très vite. 
-C'est ta fainéantise qui s'accumule."

Florine rit de son bon mot.
Nous attendions les autres. Robert ne viendrait pas. La vampire avait tenté de me convaincre du contraire mais j'avais tenu bon. Je ne souhaitais plus le voir. Il était trop dangereux et de toute façon, de lui même, il avait refusé l'invitation de Florine. Il ne pouvait plus soutenir mon regard sans voir sur lui s'abattre un airbus de honte. Oliver et Steeve eux seraient de la partie. Ils n'avaient jamais cessé de venir. Cela m'avait d'ailleurs toujours interrogé. De quoi souffraient ils pour participer à cette petite réunion hebdomadaire d'êtres en difficulté? J'y voyais surtout une entraide mutuelle des colocs aux canines longues. Quant à Sacha il m'avait mollement annoncé sa présence ce soir lorsque je l'eus au téléphone. Il était plus préoccupé par la quantité d'ondes qu'il recevait à chaque seconde passée l'oreille collée au combiné. Mais, au milieu d'un chapelet de propos délirants, il avait dit qu'il serait là. Jeanne, elle, venait chaque semaine. Même quand je n'étais pas là elle se posait sur le toit et attendait patiemment âme qui vive. Elle se disait contrainte de venir mais elle y trouvait finalement son compte. Sa solitude lui pesait tellement qu'elle ne pouvait faire l'économie d'une présence amicale.
Le petit cercle d'amis justement ne s'était pas agrandi depuis un moment. Florine me parlait de "recruter" des gens. Je lui disais que si je continuais à jouer au psychologue nocturne et si j'acceptais de rencontrer d'autres personnes bizarres au sang froid, mort vivantes, spectrales ou lycanthropiques peut être qu'alors oui il y aurait de nouvelles recrues pour le centre 666.

Oliver et Steeve furent les premiers arrivés. Ils se montraient d'une attention presque excessive envers Florine. Ils avaient toujours été très gentils avec elle mais là on sentait de la protection. Steeve arborait une sublime chapka défiant ainsi la température particulièrement élevée de l'air ambiant. Le vampire britannique se dirigea rapidement vers le réfrigérateur pour y déposer des bouteilles supplémentaires de Red avant de ponctuer son action d'un pouce levé en direction de Florine. Mission accomplie. Quand Sacha fit son apparition personne ne le salua avec enthousiasme sauf moi. Je faisais mon job. Chaque venu d'un patient dans une structure de soin est une petite victoire. Et pour lui et pour l'institution. Ça veut dire qu'on sert quelque part à quelque chose. J'ai longtemps utilisé cette phrase dans ma pratique sans définir ce qu'étaient le quelque part et le quelque chose. Sacha avait glissé son corps mince et voûté dans un imperméable beige dégueulasse. Il avait les cheveux gras et ne s'était visiblement pas lavé depuis un moment.

"Putain d'ondes, putain d'ondes" répétait-il en arpentant grande salle et en collant parfois sa tête à la baie vitrée.

Florine se tourna vers moi et agita son doigt près de sa tempe pour signifier que Sacha était visiblement fou. Hypothèse fondée. A l'instar d'Oliver il déposa également des bouteilles dans le frigo. Des bouteilles de bières qu'il avait transportées dans ses grandes poches. Je l'imaginai errer dans la rue en faisant tinter ses bouteilles. Il ne pouvait passer inaperçu. Je me rendis compte que je ne savais pas où le loup garou vivait réellement. D'où venait-il quand il passait deux heures au centre? De Meudon? L'horaire tardif de son départ rendait compliqué un retour en train. Prenait-il le taxi? Lors de notre première rencontre il avait dit venir de Paris, mais d'où? Y vivait-il toujours? Ce sujet ne m'avait jamais intéressé jusqu'à présent et Sacha m'apparaissait plus mystérieux que ce que je pensais alors.

L'interphone sonna. C'était Florence. Je lui avais promis de pouvoir mettre les pieds dans le centre. Florine n'était pas au courant.

"Qui c'est? me demanda la vampirette intriguée.
-Tu verras" lui répondis-je avec un sourire que j'espérai malicieux mais qui la fit grimacer.

Quand Florence apparut, vêtue d'un mini short en jean du plus bel effet et de sa jambe artificielle chromée, Florine se transforma en furie.

"Bordel c'est quoi ce putain de délire!
-Surveille ton langage jeune fille, lui dis-je.
-Flûte! c'est quoi ce délire de bordel!"

La fille à la jambe artificielle, elle, était tout à fait à l'aise. Elle déambulait déjà dans la pièce principale en boitant légèrement. Elle serrait des mains avec la dextérité d'un politicien en campagne. La première paluche qu'elle attrapa fut celle de Jeanne.

"Vous êtes Jeanne, la célèbre gargouille hein. Enchantée, nice to meet you. Enfin, j'sais pas si on peut parler comme ça à une gargouille. Hey, ça gourgouille là d'dans?" dit Florence en glissant sa fine main dans celle marronnasse et verdâtre de Jeanne aux doigts disproportionnés.

Florine "hallucinait" tandis que l'invitée faisait déjà amie amis avec les autres. Seul Oliver faisait la mou dans son coin sans refuser pour autant d'échanger quelques mots avec Florence.  Il jetait des regards interrogatifs à la vampirette furieuse.

"Elle n'a rien à faire là! me dit-elle en pointant du doigt la brune unijambiste.
-Bah moi aussi j'suis différente! lui répondit-elle en tapotant sur sa cuisse. Tu n'as pas le monopole de l'étrangeté p'tite palotte."

Florine fulminait et criait. Steeve agitait les bras pour tenter de l'apaiser.

"Les voisins, chuchota t-il.
-Mais on a pas de putains de voisins!" renchérit Florine.

Sans se démonter Florence revint vers Sacha.
"Et vous vous êtes quoi? Alcoolique spectral? ah ah! M-D-R je rigole hein. Humour de voisin! ponctua t-elle de mouvements de doigts mimant des guillemets.
-Non, j'suis un loup garou. Et potentiellement alcoolique je crois.
-Loup garou? Ah? houuuu houuuu fait le loup. Houuuu. Je vais souffler sur ta maison petit cochon!
-Non ça c'était un loup, tout court.
-Mais un loup debout et qui parle. Un loup garou non?
-Maintenant que vous le dites..."

Et Sacha d'avaler une énième gorgée de bière.

"Mais faîtes la partir! Vous êtes cons ou quoi?! Je ne veux pas qu'elle nous voit! On est chez nous ici! Entre nous! Je ne veux pas qu'elle me voit!"

Florine hurlait et ses grands yeux brillaient. Elle pleurait. S'en suivit un silence. Tout le monde s'était tu et la regardait. Oliver baissait la tête. La petite vampire serrait les dents. Un petit muscle battait sur son cou blanc. Puis, sans un mot et calmement, elle sortit.

"Wouf!" souffla Florence les yeux grand ouverts.

Oliver, Steeve, Jeanne et dans une moindre mesure Sacha n'osaient réagir. Personne ne semblait comprendre ce qui se passait. Je ne pouvais pas laisser Florine ainsi et je sortis pour la retrouver sans rien dire à mes compagnons.

C'est assise sur l'avant dernière marche des escaliers de l'immeuble que je retrouvai Florine. Elle se passait la main dans les cheveux à intervalle quasi régulier. Elle s'arrêta quand je m'assis près d'elle.

"Je lui avais promis l'invitation, dis-je.
-C'est nul comme promesse. Tu enfreins les règles qu'on avait fixées Mehdi!
-Les règles ça ne veut rien dire du tout, je suis psy, je m'adapte. Elle ne représente aucun danger.
-Qu'en sais tu? Sérieusement? Tu la connais depuis combien de temps hein? Qui te dit qu'elle ne va pas tout balancer sur twitter ou ce genre de connerie? C'est notre cocon, à nous ici, c'est un lieu cadrant et soignant comme tu dirais.
-Oui c'est vrai mais ce lieu cadrant et soignant peut aussi s'ouvrir sur l'extérieur. Fais moi confiance.
-Je sais que je peux te faire confiance. Sauf pour être drôle mais en général je veux dire. Mais je n'aime pas que les gens nous voient.
-Que les gens TE voient non?
-Que les gens NOUS voient...et me voient. Ils vont nous juger, se moquer, nous chasser, nous tuer même.
-Je doute que Florence puisse te tuer, quoique...
-Je suis sérieuse! Le Conseil a mis tellement de temps à instaurer cette paix et cette discrétion, on doit être hyper vigilant.
-Tu es devenue très discrète depuis ton retour. Mais peut être que je l'ai effectivement fait venir trop tôt...
-Je ne sais pas, dit Florine en se passant à nouveau la main dans les cheveux. C'est compliqué pour moi. J'ai besoin de temps pour digérer.
-Je comprends."

Elle accepta de remonter et de faire la paix. Alors elle rejeta une dernière fois ses cheveux en arrière, découvrant ainsi la brûlure qui rosissait légèrement sa joue. Elle qui se voyait monstrueuse n'avait jamais cessé d'être belle.

mardi 5 janvier 2016

105-Celle qui réparait les erreurs



*J'ai récupéré Mahaleo*

C'est par ce sms reçu un dimanche soir que Florine concluait son week-end sauvetage. Elle s'était donné pour objectif d'aller parler avec Robert le zombie et Mahaleo le fantôme et ainsi récupérer des situations qui, de mon point de vue, étaient plus que compliquées pour ne pas dire foutues. Elle m'a ainsi fait suivre presque en temps réel ses rencontres avec ses deux amis par textos interposés.
Depuis son retour la vampirette n'avait cessé de me vanner sur mes relations difficiles avec ses amis devenus mes patients. L'épisode de la chaise fracassant la fenêtre à Saint Germain en Laye la faisait ricaner et elle louait mon manque de tact en son absence. Je détestais cela car si auparavant ce genre de tacles me faisaient rire ici ses propos prenaient des intonations méchantes et agressives. Et même si elle s'en défendait Florine me faisait de la peine en me parlant ainsi.
Chacun de ses textos respirait l'exagération. Pour peu on aurait pu la croire à la tête de l'ONU tentant de résoudre le conflit israelo-palestinien à elle seule. Messages pourtant emprunts de doute, d'espoir, de sarcasme et, sans doute, de peur.
Elle est allée voir Robert samedi. Elle l'a trouvé enfermé dans son placard comme lors de ma première rencontre avec lui. Elle a été surprise par l’agressivité de la famille zombie et par l'horrible voix de Robert.

*Je ne comprends pas ce qui se passe ici*

Elle m'a envoyé des photos du local E.D.F. (en oubliant que la faible luminosité du lieu n'aidait pas à réaliser de jolis clichés) représentant des bouts de chair gisant au sol. Selon ses dires les zombies commençaient à sérieusement pourrir. Après avoir "recadré" (frappé?) les parents et les sœurs de Robert,  Florine s'est assise contre la porte en métal du placard. Ça sentait le déjà vu.

*Comme toi mec! j'fais comme toi (en mieux) LOL*

Elle me faisait suivre sa tentative vaine de dialogue avec son ami zombie. Il parlait peu et râlait beaucoup. Florine s'amusait de la situation, au début. Car ensuite ses messages témoignaient à la fois d'un ennui qui s'installait doucement et d'une inquiétude au sujet du quasi mutisme du mort vivant.
Aider les gens est une chose difficile.
A une heure très avancée de la nuit j'ai reçu un message m'annonçant que Robert était enfin sorti de son "fichu" placard. La description que la vampire m'en faisait n'était pas des plus rassurante.

*Il tombe en morceaux putain!*

Robert était avare en mots mais Florine n'a pas lâché l'affaire et a réussi au cours d'un entretien digne de la grande époque de la stasi à lui arracher quelques phrases au sujet de cette fameuse soirée où le zombie avait voulu faire de moi son sandwich kebab.

"Je suis un monstre".
C'est ce qu'il aurait répété. Un monstre. Difficile de lui donner tort. Il aurait ajouté qu'il méritait de mourir et qu'il refusait de devenir comme le reste de sa putride famille. Florine aimait le comique de répétition. C'est pourquoi elle a de nouveau tenter de plaisanter avec son ami mort vivant. Mais ses textos laissaient paraître son incompréhension devant le manque de retour à ses blagues. Robert ne voulait pas rire, il voulait mourir. La vampire s'échinait à faire mieux que moi mais n'arrivait pas à accepter cet état de fait. Elle s'épuisait pour rien et elle me fatiguait par la même occasion.
C'est malgré tout avec une certaine fierté quasi discordante qu'elle quittait Robert. Elle avait renoué le lien avec lui, l'avait fait sortir de son foutu placard et recueilli ses plaintes. Florine ne pouvait supporter l'échec. Surtout depuis son retour. La marque que son visage arborait et qu'elle palpait régulièrement du bout des doigts lui rappelait qu'elle était devenue inférieure aux autres vampires. C'était comme ça qu'elle l'interprétait tout du moins. Ne pas réussir à faire ouvrir la porte du local dans lequel s'était enfermé son pote tout à fait mort aurait été narcissiquement insupportable. Alors il valait mieux célébrer une victoire en trompe l’œil que rien du tout.

*Demain je passe à Mahaleo!*

Pour le fantôme les choses se sont beaucoup mieux passées. Pas étonnant puisque Florine m'a juste déjugé devant la fratrie de revenants. Là où je leur avais dit de fiche la paix au pauvre couple qui avait acheté la maison la vampire leur a proposé de tout faire pour redevenir les maitres de l'endroit. De se déchaîner pour faire fuir les pauvres locataires. De casser des tasses, de renverser des chaises, de faire claquer des portes, de briser des miroirs. Au lieu d'essayer de les calmer comme je l'avais fait elle les a encouragé à devenir plus terrifiants et de s'affirmer en tant qu'esprits frappeurs. Elle avait tellement bien plaidé sa cause que Mahaleo acceptait de me revoir. Et de nouveau Florine me faisait de la peine. C'était moi le psy dans l'histoire, pas elle. Elle pensait réparer mes "erreurs" mais elle faisait de la merde et rendait les situations plus compliquées qu'elle ne l'étaient déjà.

*J'ai récupéré Mahaleo*

Vraiment? Est-ce que ça me donnait envie de retourner voir ce phobique invisible? Est ce que j'avais envie de rétablir un contact avec le zombie? Non.
En voulant réparer mes erreurs la vampire en commettait d'autres...

vendredi 9 octobre 2015

104-Le regard des autres


Alors Florine a du réapprendre à être vue. Elle qui jadis traversait les rues de Paris la tête haute et pleine de certitudes baissait les yeux lorsque nous croisions une de ses connaissances. Elle ne pensait qu'à la marque de brûlure qui zébrait sa joue. Au début j'avais du mal à cerner son malaise car les réactions à son égard étaient, au pire, neutres et, au mieux, carrément enthousiastes. Mais dans chaque regard, chaque sourire et chaque geste qu'on lui renvoyait elle y détectait du mépris, de l'ironie et de la colère. Ou du moins c'est ce qu'elle croyait.

"Le con! pouvait-elle me sortir alors que nous venions d'échanger quelques mots plutôt sympathiques avec un vampire de passage.
-Le con de quoi? Il était plutôt cool non?
-T'es aveugle ou quoi? T'as pas vu son petit rictus là? Et quand il m'a dit qu'il était content de me voir l'intonation de sa voix a changé.
-Non je n'ai pas vu tout ça.
-C'est subtil mais crois moi, il n'avait pas envie de me voir et ma putain de cicatrice l'horripile."

Sa "putain de cicatrice" comme elle l’appelait était devenu tout son monde. Elle n'entrevoyait les relations avec les autres qu'à travers ce prisme, cette bande de peau rosie.
Je ne reconnaissais plus Florine. On aurait pu la croire timide car elle esquivait les regards et les rencontres. Je la voyais plutôt enrager de l'intérieur. Elle ruminait non seulement ce qui s'était passé en Roumanie mais également tout ce qu'on pouvait lui dire lors de nos ballades nocturnes. C'en devenait presque lourd. Je lui disais d'essayer de penser à autre chose. Ce à quoi elle me répondait  que ce n'était pas moi qui avait la "gueule cramée". Putain de cicatrice et gueule cramée, les deux nouveaux noms de la vampirette.
Elle me racontait qu'au Conseil Vampirique les gens n'osaient même plus la regarder. Elle s'était même effondrée en pleurs dans les bras de Ricky Woodford, le vampire administratif. Elle se sentait atteinte dans sa féminité de par l'aspect inesthétique de la brûlure et frappée du sceau de la pire infamie au sein de la famille vampirique : tuer l'un des leurs. L'atteinte à l'intégrité de son visage était, de mon point de vue, relative. Si j'y voyais une simili peinture de combat, témoin du côté bad-ass de la vampire, elle elle se sentait dévalorisée par rapport aux autres femmes immortelles. Il est vrai que c'est un milieu impitoyable à ce niveau. Les femmes vampires se vannent sur leur look ou leur coiffure. L'apparence physique est aussi importante chez elles qu'au sein d'un boys band coréen. Quant à la stigmatisation dont elle se disait victime je devais la croire quand bien même je n'en avais aucune preuve. J'avais du mal à imaginer que celle qui venait de sauver la mise au Conseil était désormais reléguée sur le banc de touche de sa propre communauté.

Depuis son retour Florine fréquentait assez peu ses congénères à l'exception de ses colocataires avec qui elle passait plus de temps qu'à l'accoutumée. Elle sortait pour voir Robert ou Mahaleo et réparer mes erreurs ou pour me rendre visite. J'en profitais pour lui proposer une petite promenade dans la Capitale. C'était une sale période pour elle.
Elle était devenue irritable au point de s'en prendre aux mortels qui lui bloquaient le passage ou qui la bousculait légèrement au détour d'une rue. A plusieurs reprises j'ai du intervenir pour éviter qu'elle ne leur saute dessus. Florine était paumée. Elle n'acceptait pas le regard des autres qu'elle vivait comme une agression ou un jugement. Malgré la température clémente de la fin de printemps elle refusait de quitter la capuche de son sweat ce qui, paradoxalement, faisait qu'on la remarquait encore plus.

Elle déversait sa colère sur tout le monde mais elle semblait m'épargner. Malgré des entretiens parfois plus que tendus elle se calmait et finissait par s'excuser. J'imagine qu'elle se rendait compte que toute cette provocation était inutile avec moi, que ça ne marcherait pas. Je lui répétais qu'il lui faudrait du temps.

"Fuck le temps!" me lançait-elle systématiquement.

Néanmoins c'était la seule réponse possible. Le temps.

mardi 1 septembre 2015

Patient : Florine. Entretien : 10 (partie 3)




"La salle des masques. C'est comme ça que je  l'appelle. 
-Attends, que je comprenne bien. Il existe à Paris un endroit où sont conservés des moulages des visages de chaque vampire?
-Pas un seul endroit. Plusieurs. Je ne sais foutrement pas où sont les autres. Je te dis que le mien se trouve au Conseil Vampirique.
-Et ça remplace les photos, c'est ça?
-C'est totalement ça Psyman! Puisqu'on ne peut pas voir à quoi on ressemble grâce à un miroir ou des photos on a mis en place ce système là. Ils sont effectués par des super artisans. Tu devrais t'en faire faire un. On sait jamais..."

Je réponds à cette provocation en levant les yeux au ciel. La brûlure du visage de Florine attire mon regard mais ne me provoque aucune répulsion. La vampirette est une jolie fille et si cette marque vient zébrer sa joue elle lui confère un charme étrange supplémentaire.

"Nous ne pouvons rien faire contre le soleil. Il n'y a pas de dermatologue spécial vampires tu sais. On a recourt à des méthodes moins...orthodoxes. Quelques érudits peuvent nous aider à supporter ce type de brûlure et même en atténuer la visibilité. La plus connue dans le pays est une sorcière qui...
-Quoi? Une sorcière?
-Oui, une sorcière. Attends me refais pas le coup des fantômes! T'as déjà rencontré des vampires, une gargouille et un loup garou, mec. Oui il y a des sorcières dans ton beau pays.
-Ok, je ne te coupe plus la parole.
-Une sorcière je disais. Une spécialiste des onguents. Elle s'appelle Odette et vit en région parisienne. Elle est un peu...particulière. Genre elle fait le ménage pendant des heures en pleine nuit et si t'as le malheur de déplacer ne serait-ce qu'une allumette elle panique et elle se relance dans une session de nettoyage...
-Une obsessionnelle quoi...
-Donc! Après l'épisode roumain mes acolytes m'ont traînée de pays en pays. Parfois il fallait se cacher longtemps pour passer la frontière de nuit. J'arrêtais pas de leur demander comment était ma brûlure, si c'était très moche ou très voyant. A leurs regards détournés j'en déduisais qu'il me fallait vraiment des soins. On a roulé et roulé. Le défilement incessant des lumières éclairant les autoroutes me rendait folle. Je devenais insupportable à forcer de jurer comme un marin et d'ordonner au conducteur de se dépêcher. Arrivés en région parisienne, enfin, on a fait un détour à Fontenay-sous-bois, à l'est de Paris...
-Oui ça je sais..."

La vampire roule des yeux avant de reprendre :

"On a débarqué chez Odette la sorcière. Elle était en train de récurer l'intérieur d'une commode dont elle avait ôté les tiroirs. Je n'en comprends pas l'intérêt mais bon. Elle ne voulait pas s'occuper de moi tant que le ménage n'était pas terminé. Elle a vivement rejeté l'aide proposée par mes deux comparses. J'étais dans un état tellement piteux que j'ai du la menacer de cramer sa baraque si elle ne me soignait pas sur le champ.
-Mais je ne comprends pas. Pourquoi se taper tout le trajet Roumanie-Fontenay-sous-Bois pour te faire soigner? Il n'y a pas de guérisseur à l'est du Rhin?
-Mais qu'est ce que j'en sais moi? Tu crois que j'avais prévu de me faire cramer la gueule? J'ai pas relevé les bonnes adresses sur tripadvisor avant de partir à la chasse au Vladimir. Je me suis contentée d'Odette. Odette qui, après quelques menaces, s'est mise aux fourneaux pour préparer un onguent spécial. A la base je ne crois pas trop à ces machins. Des vampires à la face cramée j'en ai rarement croisés dans ma vie. Mais là j'étais prête à croire n'importe quoi du moment que ça me redonne un joli visage. La crème terminée elle me l'a badigeonnée sur la joue. Une sensation de fraîcheur m'a envahie. Comme quand tu bois un verre de sang bien frais après t'être brossé les dents. C'était l'extase, sérieux. Je suis restée assise deux bonnes heures avant de m'allonger dans la cave avec mes deux accompagnateurs pour passer le jour qui commençait à se lever. Le lendemain Odette était contente d'elle. Non seulement elle avait terminé le nettoyage complet des parois intérieures de sa commode mais en plus l'onguent avait semble t-il fonctionné. Moi, au toucher, je sentais que ma peau restée cramée et resterait cramée à jamais mais je n'avais plus mal et les boursouflures de la brûlure avaient clairement diminuées. Je suis retournée la voir à deux reprises pour de nouvelles séances d'onguents magiques. Les progrès devaient être objectivement observables mais moi je me sentais défigurée pour le restant de ma mort.
-Tu ne l'es pas Florine. Au pire c'est comme une peinture de guerre.
-Et au mieux?
-Au mieux c'est presque invisible. Tu restes Florine. Et tu restes très jolie."

La vampirette agite la tête de droite à gauche, mi gênée mi flattée.
Je finis par ajouter :

"Que vas tu faire maintenant?
-Affronter le regard des autres. Et réparer tes merdes!"

dimanche 19 juillet 2015

Patient : Florine. Entretien : 10 (partie 2)



"Il pleut, a déclaré Florine la tête collée à la fenêtre avant de se rasseoir en tailleur dans le fauteuil. J'aurais aimé qu'il pleuve ce jour là.
-Quel jour? ai-je répondu.
-Le jour où nous avons retrouvé Vladimir. Comme je te disais on a frappé à la porte. Un type aux traits creusés nous a ouvert. Sans dire un mot il nous a conduit au premier étage de la demeure. Toutes les fenêtres latérales étaient obstruées de tentures noires. Le seul éclairage provenait de chandelles. Même moi  je trouvais la lumière chelou. La plupart des meubles étaient recouverts de draps blancs. On sentait que personne ne vivait vraiment là. C'est une sorte de lieu de passage. En haut donc il y a un grand salon dominé par une grande verrière dont les vitres sont protégées par ce qui ressemble à des volets opaques. Un grand fauteuil mauve faisait face à cette verrière. Dedans était assis celui que nous recherchions à travers tout l'Europe : ce putain de Vladimir. Je revois son sale sourire quand il s'est retourné vers moi. Son putain d'air content. Ma Florine! Voilà ce qu'il m'a dit. J'ai été directe. Je lui ai signifié les ordres du Conseil. Ce con a éclaté de rire. Il a dit que là où il était il s'en fichait du Conseil. J'étais prête à lui bondir dessus pour lui crever le cœur à coups de lame. Puis il s'est levé et a commencé à marcher les mains dans le dos. Il allait de droite à gauche, faisant des aller-retours qui finissaient par me donner mal au crâne. Il disait que dans toute cette histoire je n'étais qu'une victime. Victime des ordres d'un Conseil Vampirique coupé de sa base depuis bien longtemps selon lui. Victime de ton influence. Pfff comme si tu avais une quelconque influence sur moi. Je rigole hein. Et tu sais ce qu'il a fait cet enfoiré après?
-Bah non.
-Il m'a dit que vu qu'il m'aimait bien il allait réfléchir à tout ça et me donnerait sa réponse le lendemain matin. Il m'a demandé de poireauter quoi. Je voulais en finir au plus vite mais les ordres étaient de privilégier la solution diplomatique en premier. Alors, en bon soldat, j'ai attendu. Je tournais en rond dans une grande salle de réception au rez de chaussé tandis que mes acolytes restaient assis et regardaient les heures défiler avec une patience qui m'irritait. Par endroits les fenêtres laissaient échapper un peu de lumière. Plus les heures passaient plus cette lumière gagnait en intensité. Le jour se levait complètement. J'étais en rage. En théorie on était censé attendre que le type aux traits creusés vienne nous permettre de parler à Vladimir. Mais c'en était trop et j'ai pris l'initiative de monter le voir. Il était exactement au même endroit que la veille au soir. A croire qu'il n'avait pas bougé d'un iota l'enfoiré. Je lui ai dit un truc du genre : alors connard, bien réfléchi? Il s'est doucement levé et s'est mis à rire. Le genre rire de méchant dans un Final Fantasy. Il ne s'attendait pas à ce que je sois encore là. Il m'a même demandé de partir! Là il a dit un truc qui aurait du rester entre ses dents au lieu de m'en faire part. Il ne voulait pas rester en exil. Il voulait revenir à Paris et finir le travail.
-Quel travail?
-Toi! Il voulait en finir avec toi. Il a ajouté tout un speech sur la pureté des vampires et blabla, enfin tu connais quoi. Il ne voulait pas revenir à Paris seul mais avec quelques amis. Des vilains qui viendraient foutre la merde chez nous et se débarrasser des traîtres et des faibles. Il a dit que j'étais un traitre. Un sale traître. Et pour lui tu faisais partie de la race des faibles, il fallait t'éliminer. Mon sang n'a fait qu'un tour et je lui lai sauté dessus comme un singe araignée.Vladimir est un tocard, il l'a toujours été. Les mandales que je lui foutais le pliaient en deux. Je savais que j'allais gagner. Je savais que j'allais le tuer. Je l'ai tapé, tapé et tapé encore. C'était un pantin au bout de mes poings. Et pourtant...et pourtant il riait. Comme un fou. Il m'en demandait encore. Il éclatait de rire à chaque fois qu'il se retrouvait au sol. Encore! Encore! Il en voulait toujours plus. Et moi, en bonne machine à frapper, je le bastonnais sans m'arrêter. Et il m'a dit : c'est lui ou moi.
-Le lui c'était moi j'imagine.
-Son visage ne ressemblait plus à rien et son sang tachait le sol de la pièce. Mais il me mettait au défi de la tuer parce que si je ne le faisais pas alors il reviendrait à Paris pour te faire du mal. Il fallait que je l'achève, c'en était trop. Je lui ai donné un énorme coup de pied dans le ventre. J'y ai mis toute ma force, toute ma frustration, toute ma colère. Vladimir a giclé comme un balle de fusil. Je l'ai propulsé à travers la grande fenêtre derrière lui qui a éclaté dans une pluie de verre et de bois. Je n'ai eu qu'une fraction de seconde pour me rendre compte que j'avais oublié qu'il faisait jour dehors. Alors que Vladimir disparaissait dans d'horribles hurlements, rongé par les flammes, un rayon de soleil m'a frappé au visage. On m'a plaqué au sol. C'était mes deux acolytes qui avaient agi avec des réflexes incroyables. Le soleil ne m'avait touché que quelques secondes et pourtant je me sentais me consumer de l'intérieur. La douleur est indescriptible Psyman. J'ai hurlé à m'en péter la voix. Mes partenaires m'ont roulé dans un drap avant de me sortir de là. Ils ont été courageux car eux aussi auraient pu brûler. Je me tenais le visage pendant qu'ils me descendaient dans le salon. Ils m'ont appliqué un linge mouillé sur la face. J'ai gueulé de plus bel. Mais ils savaient ce qu'ils faisaient. Je leur ai demandé si c'était grave. Je les suppliais de me décrire. J'en pleurais. L’œil n'est pas touché. C'est ce qui m'a été répondu. Et effectivement mon œil gauche voyait encore. L'autre mec s'est agenouillé à côté de moi et m'a calmement décrit l'état des dégâts. Ma joue gauche était gravement cramée, il me fallait des soins spéciaux."

Sur ces mots Florine fait basculer sa capuche en arrière. Je découvre son visage marqué d'une bande de brûlure rosie barrant la joue gauche. Elle baisse le regard.

"C'est horrible hein" me dit-elle.

Dehors la pluie redouble d'intensité.

lundi 27 avril 2015

Patient : Florine. Entretien : 10 (partie 1)



"Je disparais un putain de mois et c'est le bordel à zombieland? Purée Robert qui veut te bouffer et les fantômes Bernart qui veulent te défenestrer. T'as fait fort Psyman. Ouais, très fort.
-J'ai fait de mon mieux mais bizarrement mon mieux s'est avéré tout pourri."

Ça a fait rire Florine. Elle s'était assise en tailleur dans le fauteuil où elle avait ses habitudes lors de nos entretiens, la tête toujours enfoncée dans la capuche de son sweat.

"Je présume que je dois te raconter mon trip? C'est ce que tu attends hein. Bon...le soir où tu t'es fait agressé par Vladimir j'ai cru devenir folle. Tu sais que j'ai failli déglinguer du flic? Si l'autre bizarroïde à la jambe de bois n'était pas intervenue je l'aurais fait. Le Conseil a vite été mis au courant et alors que tu étais conduit à l'hôpital un policier a débarqué là bas. Genre inspecteur avec trenchcoat et lunettes. Il nous a foutu la pression alors que franchement c'était carrément pas le moment. Quel connard, j'te jure.
-Quel genre de pression?
-C'était : soit vous réglez cette affaire de vampire agressif entre vous soit on s'en occupe. Je caricature mais c'était grosso modo ça. C'était totalement con de sa part puisqu'on commençait déjà à s'organiser pour traquer Vladimir.
-Vous ne perdez pas de temps.
-On est ultra réactifs. Mais...Mehdi, merde quand même, c'était toi là. C'était toi qui te retrouvais à l'hosto à cause de l'un des nôtres. Dans ma tête c'était du milkshake. Du milkshake au piment. Limite je faisais disjoncter tout le monde au Conseil. Je voulais partir sur le champ fracasser Vladimir. Mais nos procédures sont plus fortes que les affects d'une vampire en colère. Alors une fois qu'on a rassuré les Renseignements Généraux on a établit une marche à suivre. Le jour où je suis venue te voir à l'hosto je partais pour l'est en bagnole à vitres fumées avec deux autres chasseurs.
-Avec comme consigne de trouver et buter Vladimir?
-Non de le trouver et le raisonner. Les deux types qui m'accompagnaient devaient autant persuader Vladimir de ne jamais revenir que de m’empêcher de l'éliminer sans réfléchir. On roulait de nuit, les mecs se relayant au volant. Nous suivions les traces de Vladimir qui avait bénéficié d'une aide active pour réussir à nous devancer d'autant de temps. C'était fou, en quelques jours il était déjà sorti du territoire national et traversait l'Allemagne. Nos contacts ne savaient pas grand chose ou nous envoyaient au mauvais endroit. Sans déconner plus on s'enfonçait dans les terres et plus on rencontrait de l'hostilité de la part de nos congénères. Auparavant ils ne nous aidaient pas forcément de gaieté de cœur mais ils le faisaient quand même par instinct d'autoconservation. Mais là on me dévisageait comme si j'étais une pestiférée. C'était déprimant à mourir. Je courais après Vladimir pour eux, pour les miens, pour les vampires mais je ne me sentais pas aimée du tout Psyman.
-Ta réputation te précédait...
-C'est carrément ça! Ça faisait longtemps que je n'avais pas participé à une traque mais j'étais devenue un oiseau de mauvais augure. Quelle bande d'ingrats! Tant bien que mal on était sur les pas de Vladimir. En Allemagne ça a plutôt été. Mais en Autriche on en a bouffé de la route de campagne la nuit tombée à se perdre et à tourner en rond suite à des indications foireuses de vampires locaux. En Autriche je suis détestée. C'est là que j'ai tué l'Aristo. Cet enfoiré a failli provoquer l'épuration des nôtres et il est adulé là bas, t'imagine? Le plus pathétique c'est que malgré leur adoration pour ce fou furieux les vampires autrichiens respectent les mortels et se font discrets. Une belle bande de couilles molles."

Florine a pesté pendant une bonne minute lançant à des ennemis invisibles une flopée d'insultes. Puis, elle a soufflé un bon coup pour reprendre son récit :

"Vladimir continuait sa route. D'un côté ça nous rassurait puisque il ne tentait pas de revenir en France. Mais ça compliquait la traque. On arrivait dans des zones que je ne connaissais pas trop contrairement à mes accompagnateurs qui maitrisaient bien les langues locales. Vladimir avait parfois une semaine d'avance sur nous. Il s'était enfui de Paris dès l'agression et il y a fort à parier qu'il s'était déjà préparé à une telle éventualité en balisant une route de retraite dans le berceau des vampires. On a perdu un temps fou en République Tchèque. Un vampire multiséculaire au visage pourtant presque enfantin et personnage respecté dans la communauté nous a induit en erreur. C'est un partisan de la ligne dure. C'est pourquoi il vit à la campagne, loin de tout. Je ne pourrais pas te jurer qu'il ne tue pas de mortels Mehdi mais sans preuve il reste une figure importante auprès des vampires de l'ouest. Il nous a envoyé en République Tchèque pour que dalle. Là bas t'as peu de vampires et ce sont des vampires bien agressifs, ce qui explique au passage leur faible nombre.
-Comment ça?
-Bah ils se font vite remarquer et les renseignements tchèques sont plutôt efficaces. Pas mal de vampires du coin se sont fait cramer. Le Conseil ne s'en émeut pas plus que ça. Bien fait pour leur gueule comme on dit. Donc après être revenus en Autriche on s'est retrouvé au milieu d'une forêt à ne pas savoir quoi faire avec un GPS en rade et des infos contradictoires. C'est le Conseil qui via un téléphone satellite nous a filé un tuyau pour continuer notre route. Un vampire loyal avait croisé le chemin de Vladimir et de fil en aiguille avait fait remonter l'info à Paris. Ouf! Direction la Hongrie, patrie des loups garous.
-Tu en as croisé là bas.
-Croisé non mais entendu oui! Leurs hurlements glaçants qui balaient la rase campagne de nuit. J'ai peur de rien mais les loups garous...On se regardait, les deux mecs et moi. On s'assurait que nos lames en argent étaient à portée de main...
-Des lames en argent, l'ai-je interrompu.
-Oui, c'est plus efficace que des balles. C'est ce que j'aurais du utiliser contre Sacha, a t-elle répondu dans un rire qui paraissait discordant. En Hongrie on a trouvé personne pour nous héberger en journée. On a dormi dans la bagnole, cachés dans une entrée d'égouts désaffectée. Comme des clodos. Merde, je suis Florine, on me fait pas dormir comme une clocharde dehors en plein jour. On connaissait une bande de vampires qui aidait les dissidents à se planquer et à se retourner. On a débarqué là bas et on a du les castagner. Tu sais ce que ça m'a rappelé? Il y a encore un an quand je me bastonnais dans Paris. Sous la menace ils ont fini par cracher le morceau. On en a embarqué un avec nous pour être sûrs de ne pas se faire avoir. Au moment de franchir la frontière roumaine on l'a balancé par la portière avec un grand coup de ranger dans le bide. Il a roulé sur plusieurs mètres et à fini sa course dans un fourré.
-La Roumanie, le pays des vampires.
-Exact! Les musulmans ont la Mecque nous on a la Roumanie et plus précisément la Valachie.
-La Valachie?
-L'empire de Vlad l'empaleur.
-Dracula?
-Oui! Dra-Cu-La! Enfin, il est devenu Dracula dans les œuvres de fiction. Il n'avait rien de vampire, lui. En revanche on raconte que les premiers vampires seraient apparus dans la région. D'où certainement la confusion autour de Vlad. Tu connais les vampires civilisés de Paris...
-Civilisés? Tu parles de ceux qui tabassent des mortels dans la rue ou de celles qui balancent d'autres vampires du haut d'une mezzanine dans un bar, lui ai-je rappelé.
-Connard. Bon, ok, t'as raison. Mais dans certaines régions de Roumanie, dans les coins les plus isolés, les vampires ils te bouffent direct le visage en proférant des espèces d'incantations dans une langue que seuls quelques érudits peuvent comprendre. A chaque nouvelle rencontre avec l'un des nôtres on sentait une putain de tension. Notre présence les rendait nerveux. Faut dire qu'ils ne devaient pas être habitués à voir une si jolie nana comme moi. T'aurais vu leurs tronches, on se serait cru dans un film d'horreur.
-En Roumanie les vampires sont d'une race différente?
-Il est admis que les tout premiers vampires étaient assez monstrueux, des sortes de goules. Ils se buvaient entre eux. Je ne sais trop comment, et je ne veux pas le savoir, leurs gènes se sont transmis jusqu'à aujourd'hui. Du coup beaucoup de vampires des fins fonds de la Valachie ont des traits similaires à K. Tu te rappelles?
-Ouais, le monstre du Conseil Vampirique.
-Lui même. Ces traits physiques sont devenus, dans leur tradition, les signes de la race pure. Si j'étais issue d'un monstre en ligne direct je n'y trouverais rien de glorieux. Même des vampires bicentenaires se voient rejetés parce qu'ils n'ont pas ce physique disgracieux.
-Il y aurait des vampires devenus vampires sans avoir bu le sang d'un autre vampire?
-A l'origine oui, forcément. Mais tout ça n'est pas clair. Et quand on a mis les pieds là bas on s'est retrouvé au beau milieu d'une guéguerre interne entre les true et les bâtards. Les mecs se fritaient dans leur cambrousse ou dans des souterrains mal éclairés. Ça n'avait ni queue ni tête. Nous on cherchait cet enfoiré de Vladimir et bien sûr personne ne voulait lever le petit doigt pour nous aider. Au mieux on se faisait insulter, au pire on nous cherchait des noises. Même si Vladimir n'a pas d'ascendance remontant aux tout premiers vampires sa haine des mortels l'a rendu sympathique à la communauté locale des buveurs de sang. Les tenants d'un courant historique sont prêts à aider un fugitif si celui-ci défend le droit de vider un mortel de son sang ou au moins le bastonner à sa guise. On se trouve des alliés comme on peut hein.
-Comment vous l'avez trouvé alors Vladimir?
-Même au fin fond de cette zone hostile il y a des vampires qui aspirent à la paix. Ils sont rares mais ils existent. Une nana, vampire depuis cent cinquante ans, nous a indiqué où trouver ton agresseur. Il se cachait dans un grand manoir situé sur une colline à l’orée d'une forêt. C'est une grande bâtisse qui s'est révélée être un centre d'accueil pour les transfuges en vue de préparer leur retour à l'ouest ou de les installer définitivement à l'est. Alors, comme des gens civilisés, nous nous sommes présentés au lieu-dit et nous avons frappé à la porte..."

jeudi 26 mars 2015

Résumé des épisodes précédents - 5

(1-19)
Alors qu'il mange un délicieux sandwich poulet mayonnaise sur un banc du cimetière du Père Lachaise Mehdi, psychologue trentenaire, est abordé par Florine. Sous ses allures d'adolescente gothique elle se révèle être une vampire de cent trente six ans. Énergique mais névrosée elle devient la première patiente mort vivante de Mehdi. Sa vie de vampire a commencé suite à un viol au XIXème siècle. Depuis elle bouillonne de colère qu'elle cherche à canaliser. La jeune vampirette s'installe petit à petit dans la vie du psychologue jusqu'à lui proposer de l'aider à se créer une clientèle composée de créatures de la nuit et décide de jouer sa secrétaire. Mehdi réticent au début finit par y voir une occasion unique de donner un nouveau sens à son existence. Il est renommé "Psyman" par la vampire. Il rencontre les colocataires aussi bizarres qu'inquiétants de Florine. Il est ensuite présenté à Robert, zombie de son état. Après s'être fait coursé par une famille de morts vivants dans un local EDF c'est à travers une porte qu'il mène son premier entretien avec lui. C'est un être mal dans sa peau en putréfaction qui se livre à lui et qui lui fait part de son refus de cette vie de zombie commencée par un tragique accident de voiture. La même soirée Mehdi découvre l'Antre, un bar des Halles fréquenté par des vampires. Il y rencontre par la même occasion Vladimir, vampire agressif qui a des vues sur Florine. Ce dernier se fait humilier dans un défi karaoké par David, un nain chanteur fan de Depeche Mode. Après cette soirée mouvementée au bar Florine et Mehdi manquent de se faire écraser par Jeanne, une gargouille suicidaire, sur le parvis de Notre Dame.


(21-39)
Robert veut voir les étoiles? Qu'à cela ne tienne. Mehdi et la troupe des vampires colocataires emmènent le zombie pique niquer de nuit sur les hauteurs de Meudon. Le mort vivant se lie d'amitié avec Steeve, l'un des coloc, qui lui apprend la guitare. Mais l'apparition d'un loup garou schizophrène, Sacha, sensible aux ondes électromagnétiques va semer le trouble et l'inquiétude parmi les vampires. Si Mehdi y voit un être en souffrance, Florine perçoit dans le lycanthrope une menace pour sa race. A tel point qu'elle le séquestre dans son bunker antiondes. L'intervention du psychologue est nécessaire pour que la situation ne tourne pas au massacre. Afin de proposer autre chose que des entretiens ponctuels à ses patients de la nuit Mehdi évoque avec la petite vampire l'idée de la création d'une structure type CATTP où pourraient s'y retrouver vampires et autres gargouilles en difficulté psychique. Malgré l'émoi provoqué par le loup garou Florine accepte d'aider le psychologue à défendre le projet auprès du Conseil Vampirique. Seule instance capable d'agir en de telles circonstances. C'est au cœur du quartier latin que se cache le Conseil. Mehdi y rencontre Ricky Woodford, spécialiste de l'administratif vampirique. Cet étrange personnage au nœud papillon lui prodigue alors de bons conseils.


(41-59)
Contre toute attente, et ce après un grand oral impressionnant, le projet de lieu d'accueil pour créatures de la nuit est accepté par le Conseil Vampirique.  Florine s'empresse de le nommer à sa guise : Centre 666. La vampire debriefe son psychologue autour d'un verre dans l'Antre avant de balancer Rita, une vampire un peu bitch, par dessus la rambarde de la mezzanine. Un incident qui remue tout le monde, surtout Florine qui prétextera un mot de trop pour justifier un tel acte. Même troublée elle se lance dans une enquête secrète : savoir si Jeanne la gargouille ne raconte pas de pipeaux. Les talents d’enquêtrice de la vampirette pousse Mehdi à lui parler d'un de ses grands amours perdus : Alix. Jeune et jolie blonde partie pour le mystérieux Teddyland. Le Centre 666 est inauguré dans le Marais. Après plusieurs heures de ménage il devient un lieu tout à fait accueillant. C'est là que Florine, Mehdi, Steeve, Oliver, Jeanne, Ricky, Robert et Sacha fêtent le nouvel an. Malheureusement après les feux d'artifice et les bises marquant le passage à la nouvelle année Robert tombe du toit, involontairement poussé par Florine. Tensions et réconciliations s'en suivent. Mehdi et sa patiente vampirique s'échangent des cadeaux. Un téléphone portable d'un autre âge pour Mehdi et un sac tête de mort pour Florine. Cette dernière, au carnet d'adresses bien rempli, emmène le psychologue à Saint Germain en Laye rencontrer les frères Bernart, tout trois fantômes de leur état. Le plus jeune, Mahaleo, est un spectre pyromane et phobique. Une nouvelle mission pour Psyman.


(61-79)
Rita devient le nouveau fantasme de Mehdi malgré les tensions qui existent entre elle et Florine. Une autre femme vient perturber notre petite troupe : Florence. Une voisine du centre 666 unijambiste et un peu trop fouineuse. Le psychologue n'oublie pas pour autant Mahaleo et essaie de l'aider à devenir un fantôme digne de ce nom. Sauf que les remords le guettent. Sacha est de nouveau au centre des attentions lorsqu'un vampire est retrouvé mort, égorgé près de la forêt de Meudon. Il devient la cible numéro un des vampires. Mais un petit animal venu tout droit du Paraguay va l'innocenter. Alors que les tensions s'apaisent Mehdi rencontre un certain Monsieur Paris dans une petite rue de la Capitale. Il apprend qu'il s'agit d'un personnage légendaire pour les vampires car il serait à l'origine du Conseil Vampirique. Rien que ça! Mais cette légende (mort) vivante va mettre en garde le psy : il doit faire attention lors de ses sorties nocturnes. Une tuile l'attend. C'est après avoir raccompagné chez elle une Florence un peu trop curieuse que Mehdi va violemment éprouver la prédiction de Monsieur Paris.


(81-99)
Après son agression par Vladimir, le petit vampire punk, Mehdi panse ses plaies en pensant à Florine partie à l'Est pour faire acte de justice. C'est notamment dans les bras de Rita la gitane qu'il trouve un doux réconfort. Mais le jeune psychologue au nez cassé est tenace et se rend au Conseil Vampirique pour avoir des réponses. Le directeur du conseil l'accueille chaleureusement et dévoile le passé trouble de la vampirette : en 1968 elle a tué l'Aristo, celui qui a fait d'elle une buveuse de sang.
En l'absence de Florine c'est Steeve qui devient l'assistant de Mehdi avec, il faut le reconnaître, un certain talent. Lors d'une balade à Meudon il fait découvrir à Robert la voûte céleste. De retour de cette petite excursion Robert et Mehdi restent enfermés un jour entier dans le local EDF du zombie. Le mort vivant est à deux doigts de manger le psychologue qui doit son salut à l'intervention inespérée de Steeve. 
Après s'être fait délesté de mille euros suite à un pari stupide perdu Mehdi découvre Florine assise sur les escaliers tout près de la porte de son appartement. Elle est de retour!


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En bonus la chronologie des événements de l'histoire :


-XIIIème siècle : construction de la cathédrale Notre Dame de Paris. Jeanne, la gargouille, s'y lie pour la vie.

-1 février 1877 : naissance de Florine (Paris)

-1890 : Florine est victime d'un viol. La même année elle devient une vampire (par "l'Aristo") à l'âge de 13 ans.
-dernières années du XIXème siècle : Oliver, jeune anglais de 24 ans, devient un vampire. Il arrive à Paris "en même temps qu'Oscar Wilde".

-années 20 : Ricky Woodford s'installe à Paris.

-1940-1944 : Florine est à Paris (et en France plus globalement), elle tue des nazis (et pas que...).
-1943 : Florine est "fusillée" sur la place de l'hôtel de ville.

-années 50 : Florine est en Roumanie, elle rencontre pour la première fois de sa vie un loup garou.

-années 60 : Steeve (Pierre de son vrai nom) Parisien de 32 ans devient un vampire. C'est un des derniers vampires français (officiellement)
-années 60 : les services secrets français traquent les vampires.
-années 60 : consensus européen sur la non violence des vampires, création du Conseil Vampirique à Paris.
-années 60 : dernier humain tué par un vampire devant l'église du musée des arts et métiers
(par l'aristo, mettant en danger le pacte récent entre mortels et vampires)
-1968 : l'aristo s'enfuit à l'est. Florine le traque. Elle le retrouve en Autriche où elle le tue. Florine devient autant admirée que détestée. Intègre le Conseil Vampirique. Elle devient une sorte de chasseuse d'élite à la solde du Conseil.

-années 70 : naissance de David "Dave" Barthworth en Angleterre à Basildon, nain, futur chanteur sosie de Dave Gahan.
-1974 : Naissance de Sacha

-17 janvier 1980 : naissance de Mehdi

-années 90 : accident de voiture de Robert et sa famille. Décès de Robert, à 22 ans. Il se réveille quelques mois (années?) plus tard en zombie dans le cimetière du Père Lachaise (?)
-1991 : incendie dans la maison des frères Bernart dans lequel ils trouvent la mort. Mahaleo avait 18 ans.

-2008 : Lors d'un trek en Hongrie Sacha se fait mordre par un loup garou.

-décembre 2010 : Mehdi rencontre Alix.
-6 juin 2012 : Alix se suicide à l'âge de 25 ans.
-début août 2013 : Rencontre avec Florine (cimetière Père Lachaise)
-début septembre 2013 : Jeanne manque d'écraser Florine et Mehdi en tentant de se suicider du haut de sa cathédrale. Elle fait leur connaissance par la même occasion.
-septembre 2013 : pique nique sur les hauteurs de Meudon de nuit avec Robert et les colocs. Rencontre avec Sacha le loup garou
-31 octobre 2013 : soirée d'Halloween organisée par la Conseil Vampirique dans un hôtel particulier près des Champs Elysées. Première rencontre avec Rita la vampire gitane.
-novembre 2013 : Jeanne tente de faire exploser Notre Dame de Paris.
-décembre 2013 : Florine se bat avec Rita dans l'Antre.
-courant décembre 2013 : Rita appelle Mehdi pour la première fois.
-25 décembre 2013 : ouverture du centre 666 au 4ème étage d'un immeuble de bureaux dans le marais.
-31 décembre 2013 : passage à la nouvelle année sur le toit du centre 666. Chute de Robert.
-mi janvier 2014 : rencontre avec les fantômes de Saint Germain en Laye
-fin janvier 2014 : rencontre avec Florence.
-courant février 2014 : un vampire est retrouvé mort aux abords de la forêt de Meudon. Tout accuse Sacha qui finalement est innocenté (hospitalisé au moment du meurtre).
-courant mars 2014 : Mehdi rencontre Monsieur Paris, rue de la bucherie. Il lui annonce un malheur à venir.
-mi avril 2014 : Florence s'inscruste dans le centre 666, Mehdi se fait agresser violemment par Vladimir en bas de chez elle.
-début mai 2014 : Rita et Mehdi passe leur première nuit ensemble.
-mai 2014 : Robert tente de dévorer Mehdi dans le vestibule du local EDF.
-fin mai 2014 : Florine revient après près d'un mois d'expédition.